Les fusillés pour l'exemple de la Grande Guerre seront ils réhabilités ?

Catégorie : 1914-18, France  |  le 02 Octobre 2013 par Guillaume de Morant

Peut-être avez-vous un aïeul fusillé pour l'exemple durant la Grande Guerre ? Et bien la question est aujourd'hui posée : faut-il le réhabiliter ? Vous vous doutez bien que la réponse n'est pas aussi simple qu'un oui ou non, car parmi les 740 soldats passés par les armes, les raisons des exécutions sont diverses et variées, même si la plus souvent retenue est la "désobéissance militaire".

La Mission du Centenaire est très attendue sur ces questions, car au delà de fédérer les initiatives de commémorations, elle mène aussi un travail scientifique sur la Grande Guerre. Antoine Prost, président du conseil scientifique de la Mission du centenaire est l'auteur d'un rapport remis ce 2 octobre 2013 au ministre des Anciens combattants Kader Arif. Un groupe de travail de cinq historiens s'est efforcé d'établir une synthèse historique précise de la question, dresser un état des lieux de la demande mémorielle et présenter les réponses qui s’offrent aux pouvoirs publics.

Le rapport, librement téléchargeable sur le site de la Mission du Centenaire, définit les « fusillés de la Grande Guerre ». Il s'agit pour l'essentiel de soldats de l'infanterie française, condamnés à mort par une cour de justice militaire. Mais certains soldats français ont également été exécutés pour des crimes de droit commun. À cela s'ajoutent des civils français et étrangers et des militaires allemands condamnés le plus souvent pour faits d’espionnage. Enfin, les fusillés comprennent également un groupe de militaires ayant fait l’objet d’une exécution sommaire, au front, par des officiers.

Le rapport opère une distinction entre les « fusillés », dont la plupart l’ont été en 1914 et 1915, et les « mutins » de mai-juin 1917 dont une petite trentaine ont été passés par les armes. L'essentiel des exécutions a eu lieu dans les premiers mois de la guerre, par la suite, le nombre de condamnations n'a cessé de décroître. Les dernières statistiques permettent d’estimer le nombre de fusillés pour des faits relevant de la désobéissance militaire – principalement abandon de poste et refus d'obéissance en présence de l'ennemi - à 600 à 650 individus. En comptabilisant les crimes de droit commun et les faits d'espionnage, 740 individus au total ont été exécutés.

Comment retrouver la trace de tels faits, de telles condamnations et exécutions ? Les sources sont inégales et le contenu des archives militaires très variable d’un dossier à l’autre. En outre, 20 % des dossiers sont manquants. Il est donc difficile d’établir une vérité sur la plupart des cas de fusillés. Alors faut-il les réhabiliter ? Le rapport, sans se prononcer, propose au gouvernement quatre pistes :

  • ne rien faire parait difficile, car il faut pouvoir répondre aux demandes des familles.
  • réhabiliter tous les fusillés en attribuant à tous la mention « morts pour la France » et en inscrivant leurs noms sur les monuments aux morts : ce serait périlleux, car certains fusillés étaient bel et bien coupables,
  • réhabiliter au cas par cas nécessiterait un long travail d’investigation et poserait d’importants problèmes juridiques sur les règles de droit à appliquer. En revanche, l’inscription, à la demande des familles, des noms des fusillés sur les monuments aux morts pourrait être envisagée.
  • enfin, dernière proposition, une déclaration solennelle renforcée par un projet pédagogique... L'intérêt de cette suggestion est qu'elle pourrait aboutir à la mise en ligne des dossiers des conseils de guerre pour "montrer que la République n'a rien à cacher". Enfin, un monument, un lieu de mémoire ou une salle d’exposition permanente permettraient de répondre à la demande de reconnaissance des familles et d’informer le public.

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5 commentaires

acherchour brahah le 5 Janvier 2014 à 19h47

moi je suis fils de un anciene combatant acherchour said caporal chef mort pour la france le 5 4 1945 a heiterhih 68 droit de visite la tombe de mon pere au cemtiere a cernay sa fait 20ans je ne pas vue son tombe merci

SEBIROT le 9 Octobre 2013 à 23h25

Les fusillés de la Grande Guerre ont désormais un nom
PUBLIÉ LE 03/09/2013
Par Paris (AFP)© 2013 AFP


De Louis Abbadie, fusillé le 24 décembre 1914 pour "abandon de poste en présence de l'ennemi", à Ben Omar Yahiaoui, passé par les armes pour le même motif le 17 septembre 1914 : un ouvrage inédit présente la biographie de 740 soldats fusillés durant la Grande Guerre.
A la veille de la commémoration du centenaire du début de la guerre, Frédéric Mathieu livre dans "14-18, les fusillés" (éditions Sébirot, 905 pages, 29 euros) les résultats d'une enquête minutieuse sur les traces de ces combattants fusillés par l'armée française. 680 furent passés par les armes à l'issue d'un jugement en conseil de guerre, 60 furent exécutés sans jugement.
Ce livre confirme les travaux entamés dès 1995 par André Bach sur les fusillés après jugement d'un conseil de guerre. Un sujet ressorti de l'oubli dans les années 90 et qui divise encore les Français sur la nécessité ou non d'une réhabilitation individuelle ou collective de ces 740 fusillés. Le nom de 220 d'entre eux est gravé sur un monument aux morts de France.
Passionné par la Première Guerre mondiale, Frédéric Mathieu, est l'auteur du site "Ders des ders" consacré aux tout derniers survivants de tous les pays de la Grande Guerre. Pour "14-18, les fusillés", il s'est plongé, a-t-il expliqué à l'AFP, dans les dossiers des conseils de guerre conservés au Service historique de la Défense à Vincennes, en les recoupant avec d'autres sources : fiches de décès des militaires "Morts pour la France"; fiches des sépultures de guerre; registres matricules des 8,5 millions de combattants français; lettres et journaux de guerre de soldats.
Un travail de bénédictin qui a abouti à une première, la publication de 740 biographies toutes présentées avec la même grille d'analyse. 108 photographies de sépultures de fusillés, 33 portraits photographiques de suppliciés, quelques rares images d'exécution, des rapports médicaux (mutilations volontaires) ou des notes autographes du commandement complètent les biographies.
130 biographies comportent les témoignages, pour la plupart inédits, de fusillés lors de leur passage au "falot", le tribunal militaire en argot des tranchées, et 84 contiennent les témoignages de Poilus qui ont assisté aux exécutions ou aux faits reprochés aux fusillés.
Dans la seconde partie de son ouvrage, Frédéric Mathieu exploite les informations contenues dans les biographies de 668 soldats fusillés après leur condamnation à mort en conseil de guerre.
Première conclusion : les trois pics d'exécutions constatés durant les 52 mois de conflit correspondent aux trois crises graves auxquelles l'armée française a dû faire face : guerre de mouvement de l'automne 14, bataille de Verdun au début de l'année 1916 et mutineries du printemps 1917 lors de l'offensive Nivelle. Le pic le plus haut se situe de septembre 1914 à octobre 1915 avec 421 exécutions, soit 63% du total de la guerre.
De même, la comparaison des deux courbes, celle des pertes de l'armée française et celle des exécutions, montre qu'elles adoptent le même profil en atteignant leur maximum lors des batailles les plus meurtrières (guerre de mouvement, Verdun, offensive Nivelle).
Les 668 données biographiques permettent également de dresser un portait-robot du soldat fusillé : un militaire du rang (soldat ou caporal) de 23 ans, cultivateur ou artisan, originaire de la Seine, du Nord, du Pas-de-Calais, du Rhône ou encore de la Seine-Maritime, soit les départements les plus peuplés avant le début de la guerre, et condamné à mort pour abandon de poste ou refus d'obéissance devant l'ennemi.
A peine 6% (43) des soldats fusillés ont été officiellement réhabilités entre 1917 et 1934 par la Cour de cassation, la Cour d'appel ou la Cour spéciale de justice militaire.

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