Henri Salvador et ses ancêtres affranchis

Catégorie : Célébrités, Guadeloupe  |  le 18 Juillet 2017 par Jean-Louis Beaucarnot

Henri Salvador

Le chanteur antillais, dont on fête aujourd’hui le centenaire, est arrivé en métropole en 1929, pour avoir débarqué au Havre, avec ses parents, son frère et sa sœur, alors qu’il n’avait que douze ans. Il est né le 18 juillet 1917 à Cayenne, où son père, percepteur, était alors en poste, et où ses parents s’étaient mariés quatre ans plus tôt.

Ceux-ci étaient cependant tous les deux natifs de l’île guadeloupéenne de Grande-Terre, où l’on peut remonter la généalogie de l’artiste sur quelques générations, notamment par l’arbre généalogique déposé sur Gene@star par Jacques Janis et par celui, un peu plus complet, mis en ligne par François Rivallain.

Son père, Gabriel Clovis Salvador, était né dans la commune de Morne-à-l’Eau, au cœur de l’île, le 16 mars 1881, mais n’avait été déclaré – "sans se presser", comme dans Zorro est arrivé – que neuf jours plus tard, le 4 avril. Il était fils de Joseph André, "habitant propriétaire" et de Marie Angélina Champ.

Ce Joseph André était né au même lieu en 1841, fils de "Salvador, affranchi, âgé de 24 ans, charpentier" et de Berthile Anonime. Des identités très classiques pour des esclaves affranchis, auxquels on donnait volontiers des noms de ce genre - Anonyme (ou Anonime) - lorsque l’on ne se contentait pas de leur donner tout simplement pour nom leur propre prénom. Ce fut ici le cas de Salvador (prénom espagnol équivalent de notre Sauveur, rappelant les nombreux villages nommés Saint-Sauveur, placés pour certains d’entre eux sous la protection d’un saint provençal ainsi nommé et pour d’autres sous la protection directe du Christ, sauveur de l’humanité).

Salvador était donc le nom de baptême de l’arrière-grand-père d’Henri, dont on peut retrouver, aux Archives départementales de Guadeloupe, l’acte d’affranchissement (coté 5 Mi 16R2), en date du 4 septembre 1833, par lequel a été affranchie une fratrie tout entière, composée d’Alexandrine, âgée de 19 ans, couturière et de sa fille Henriette, âgée d’un an, Salvador, âgé de 17 ans, Alceste, âgé de 16 ans et Marie, âgée de 14 ans.. Tous habitaient alors Morne-à-l’Eau, mais au-delà de ce Salvador, arrière-grand-père d’Henri, toute recherche s’avère bien sûr impossible.

Pour ce qui est du côté maternel : l’épouse du percepteur, qui se nommait Antonine Paterne, née à Port-Louis en 1882, était fille d’Eloi Matthieu Paterne, 31 ans, maître ébéniste et commerçant (fils d’un pêcheur, Jules Paterne, affranchi en 1844), et de Livie Clothile Angélique Maulus, âgée de 29 ans (et fille d’une esclave, deenue boulabgère). Si Paterne peut être un nom apporté sur l’île par un colon venu du continent, Maulus doit être lui aussi un nom d’affranchi, la grand-mère maternelle d’Henri Salvador étant dite "indienne caraïbe".

Une généalogie très sommaire donc, comme pour la plupart des familles d’affranchis antillais et mieux connue grâce à Dimitri Garnier et Marie Barthélémy, des AD de Basse-Terre, que je remercie de leur aide.

4 commentaires

Balthazar le 19 Juillet 2017 à 18h54

David, je vous félicite pour vos recherches. Serait-il possible de les mettre sur un arbre en ligne pour plus de clarté ?

Sinon, dans un reportage, j'avais entendu dire que le père d'Henri Salvador était originaire d'Amérique latine(Venezuela ou Costa Rica, je ne sais plus), d'où le nom Salvador. Serait-ce un mensonge pour s'inventer une origine plus spectaculaire ?

Sinon, les registres d'esclaves ne permettent-ils pas de savoir où ceux-ci ont été capturés ? Ça ne permettra pas de remonter plus loin, mais on saurait au moins leur terre d'origine en Afrique.

David Quénéhervé le 19 Juillet 2017 à 14h42

Le h a été avalé deux fois. Lire : "En ce qui concerne les Champ, Marie Angélina Champ ..."
Joseph André Salvador est décédé à Morne-à-l'Eau le 6 décembre 1892. Il est âgé de 51 ans et dit de son vivant praticien vétérinaire, fils de feu Salvador Jean Baptiste et de feue Anonyme Marie Joseph et veuf de feue Champ Marie Angélina, de leur vivant tous trois sans profession. L'un des déclarants est Louis Evariste, 27 ans, secrétaire municipal, qui est qualifié de cousin du défunt.
Jean Baptiste Salvador est mort à Morne-à-l'Eau le 3 août 1878. Il avait 62 ans et était natif de la commune. Il est fils de parents inconnus, veuf en premières noces d'Anonime Bertile et en secondes d'Urbain Marie Bénonine. Il était charpentier.
Le lendemain, 4 août, sa fille Louise Augustina Salvador (34 ans, sans profession, épouse de Rousseau Charles Albert, 42 ans, habitant propriétaire) décède.
C'est le 22 novembre 1864 que Jean Baptiste s'était remarié, à Morne-à-l'Eau, avec Marie Bénonine Urbain, 39 ans, commerçante, fille d'Urbain Cadet (+ 1829) et de Marie Bonne Céleste Honoré Troisquarts. On apprend que Bertile Anonime est décédée le 9 septembre 1861 (en fait l'acte est du 9 mais elle morte la veille, habitation Girardau. Elle est fille naturelle reconnue de feue la demoiselle Anonime. Jean Baptiste Salvador est dit propriétaire.

Née à Marie-Galante, Françoise Jean Baptiste est décédée le 21 janvier 1866 à Port-Louis. Elle est dite fille légitimée du feu sieur Jean Baptiste Julien et de la feue (1) dame Ursule Carriole quand (2) vivaient (3) sans (4) profession (5), tous deux sans profession. Cinq mots rayés nuls. Ursule Carriole serait donc en vie à cette époque. Jules Paterne est marin.
Dans l'acte de naissance de leur fils Auguste François Mathieu Paterne en date du 16 mai 1853 (l'enfant est né 14 du mois), Françoise Jean Baptiste est appelée Julie Rabouin.
Dans l'acte de naissance d'Elo Mathieu Paterne, né le 7 octobre et déclaré le 16 octobre 1850, elle est appelée Julie Françoise. A son mariage en 1845, elle signe Julie. On peut supposer qu'elle était appelée Julie en famille. Pour le patronyme Rabouin, il s'agit peut-être du nom de famille officieux de Jean Baptiste François. Il y a des Rabouin à Grand-Bourg au début du 19e siècle dont Julien Rabouin, charpentier, libre patenté, qui signe.
Le mariage de Jean Baptiste François et Ursule Carriole a logiquement été célébré entre 1817 et 1821 mais ces années de Grand-Bourg ne sont pas en ligne.

A propos du patronyme Champ, un Louis Champ dit Noël, époux de Rosette Larrouy, était orfèvre à Grand-Bourg vers 1796.
Pierre Chéry Champ et Marie Julien se confondent vraisemblablement avec le couple Chéry et Marie Julien qui se marie à Grand-Bourg le 9 mai 1848.
Chéry a 31 ans et est pêcheur. Il est natif de cette colonie et domicilié au Grand-Bourg. Il est fils naturel de feue demoiselle Louise, lorsqu'elle était vivante sans profession et domiciliée en cette île où elle est décédée le 14 juin 1826. Il est veuf d'Adélaïde, décédée à Grand-Bourg le 9 décembre 1846.
Marie Julien a 25 ans. Elle est sans profession et native de cette colonie, domiciliée à Grand-Bourg (campagne), fille légitime de Théophile Julien, habitant, domicilié à Grand-Bourg (campagne) et de Marie Adélaïde, sans profession, domiciliée à Grand-Bourg.
Parmi les témoins, Joseph Mathieu, 52 ans, charpentier, et Binjamin Thimothé, 59 ans, ébéniste, tous deux domiciliés à Grand-Bourg, témoins de l'époux.
C'est le 30 août 1837, toujours à Grand-Bourg, que Chéri avait épousé Adélaïde. L'acte donne sa date de naissance, le 18 mars 1817. Il est charpentier. Il est domicilié au bourg du quartier de Saint-Louis. Il est autorisé à se marier par le conseil de famille et le tuteur nommé est Benjamin Thimothée. Adélaïde a 27 ans et est couturière. Elle est fille naturelle de la demoiselle Baltide, sans profession. Elles sont domiciliées au bourg de Saint-Louis.
L'acte de naissance de Chéri n'est pas consultable en ligne et il n'y a pas de Louise décédée le 14 juin 1826 à Grand-Bourg. Cependant, le 15 juillet 1826, je relève l'acte de décès de Marie Louise, décédée la veille. Elle a environ 50 ans et est native de cette île. elle est dite caraïbesse d'origine, habitante propriétaire, domiciliée au quartier de Saint-Louis Vieux-Fort de cette île, et décédée sur son habitation. Un des déclarants est Joseph Mathieu, charpentier.
Il serait très intéressant de consulter l'acte de naissance de Chéri au CARAN.

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