La dynastie Montgolfier : du Canson à la montgolfière

Catégorie : Célébrités, Ardèche  |  le 23 Août 2011 par Laurence Abensur-Hazan

Le Louvre présente cet été une exposition sponsorisée par la célèbre marque Canson, dont tous les écoliers ont utilisé un jour ou l’autre les papiers. Intitulée "Le papier à l’œuvre", cette exposition montre comment les artistes utilisent et s’approprient le papier, support de leurs œuvres et instrument de leur créativité. Pour nous, généalogistes, elle offre aussi l’occasion de nous pencher sur l’histoire de la dynastie familiale qui, comme souvent dans l’industrie française, se cache derrière la marque.

Il s’agit ici de celle des Montgolfier dont le nom est surtout associé au premier ballon à air chaud lancé dans le ciel français. La fameuse "montgolfière" est en effet une invention des frères Michel Joseph et Etienne Montgolfier, personnages phares de cette famille, qui réalisèrent le premier vol en 1783. Leur ballon était réalisé en papier doublé de toile, dans lequel on insufflait de l’air chaud pour permettre son élévation.

Les frères Montgolfier avaient tout simplement eu l’idée d’utiliser le matériau dont ils connaissaient, et pour cause, parfaitement les qualités. Ils étaient en effet issus d’une dynastie de papetiers dont l’activité était déjà ancienne.

A l’origine de la papeterie familiale se trouve Jacques Montgolfier, papetier au milieu du 16e siècle, à Ambert, en Auvergne. Ses descendants s’implanteront durablement en Ardèche, à Vidalon et Annonay, à partir du 18e siècle et y développeront l’industrie du papier. Le choix de cette région s’explique par la qualité des eaux des rivières locales et l’abondance de "chiffons" (rebuts de linge constituant la matière première de la pâte à papier, Source : Le papier, Lucien X. Polastron, Editions Imprimerie nationale, Paris, 1999), servant de base à la fabrication du papier.

Par le jeu des mariages, les familles Montgolfier et Chelles développent les papeteries et s’implantent durablement dans le Vivarais. Au fil du temps, les Montgolfier développent des techniques en s’inspirant de ce qui se faisait en Angleterre, puis en Hollande. L’entreprise familiale devient manufacture royale en 1784.

En 1801, c’est Barthélémy Barou de la Lombardière de Canson, gendre d’Etienne de Montgolfier, qui lui succède, donnant ainsi à la lignée papetière le nom sous lequel elle passera à la postérité.

Né en 1745 à Vidalon, en Ardèche, Etienne Jacques Montgolfier était l’un des seize enfants de Pierre Montgolfier et Anne-Catherine Duret. Il dirigea la papeterie familiale à partir de 1772 et en devint propriétaire en 1787. Son frère, Michel Joseph – inventeur de la montgolfière-, laissa son prénom à un papier vélin, le "papier joseph".

Pierre Montgolfier, père de Michel Joseph et Etienne, fut anobli en 1783 : Louis XVI voulait ainsi remercier la famille Montgolfier pour les innovations et inventions qu’elle avait apportées à la France. L’autorisation de porter la particule n’aurait été accordée en revanche qu’en 1868.

Le patronyme et la particule sont encore portés de nos jours, notamment pas le procureur Eric de Montgolfier.

Exposition "Le papier à l’œuvre", du 9 juin au 5 septembre 2011, Musée du Louvre (aile Sully, 1er étage, salle de la Chapelle), tous les jours de 9h à 17h45 sauf mardi, nocturnes mercredi et vendredi jusqu’à 21h45. Accès avec le billet d’entrée du musée : 10 €.

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2 commentaires

P.Seve le 21 Février 2012 à 12h00

j'aimerais savoir si la famille Montgolfier papetiers à Beaujeu (69) aux 17°et 18) siecles est liée à celle d'Ardèche

Blanc Jean marc le 26 Août 2011 à 21h23

Merci pour cet article je dois passer très prochainement quelques jours à Paris, et essaierai de voir cette exposition.
Concernant la généalogie, il est bien sûr intéressant de suivre l' ascendance des Montgolfier.
Mais il est dommage de ne pas souligner le rôle essentiel d'Antoine Chelles, papetier natif de Marsac en Livradois, qui après avoir exercé son art à Marsac, puis à Rochetaillée en Forez, loue, puis achète une papeterie à côté d'Annonay, marie deux de ses filles à des petits cousins, deux frères Montgolfier, qu'il fait venir de La Faurie en Auvergne, et transmet cette papeterie à sa fille Marguerite, qui la transmet à son tour à ses descendants Montgolfier.
C'est bien Antoine Chelles, et non les Montgolfier qui ont choisi l'implantation.
Les papetiers n' étaient alors que des artisans. les papeteries appartenaient à des familles nobles ou notables, et lorsqu'un papetier s'endettait pour acheter une papeterie, il faisait souvent faillite.
La réussite d'Antoine Chelles n'en est que plus exemplaire.
Les généalogies Chelles qui figurent sur geneanet sont pour la plupart tirées du livre sur les Montgolfier, lequel très bien fait par ailleurs, fourmille d'erreurs sur les Chelles: confusions entre deux Antoine Chelles père et fils, mariage de l'un attribué à l'autre, un des mariages de l'un omis, personnages de générations différentes présentés comme frère et soeur...
Après avoir dressé, et publié dans la revue certes un peu confidentielle, "L'Echo des moulins" , la généalogie de cette famille Chelles, qui a compté de nombreuses branches, et exploité des papeteries dans plusieurs régions de France, et même compté un ... directeur des Archives Départementales du Rhône, j' ai adressé , il y a quelques années plusieurs dizaines de mails, à tous ceux qui faisaient figurer Antoine Chelles dans leur généalogie sur Geneanet. Quelques-uns seulement m'ont répondu, et bien peu ont alors corrigé...
Il serait aussi intéressant de souligner que l'acte d'anoblissement des Montgolfier ne concerne pas les deux frères pour l'invention de la montgolfière, mais bien leur père pour ses inventions dans le domaine de l'industrie papetière.
Bravo à JH Favre, pour la généalogie Montgolfier, malheureusement, la généalogie Chelles figurant sur son site est restée totalement erronée. Bien amicalement et sans rancune.

Jean-Marc Blanc

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