Faire leur généalogie, c'est sortir les esclaves de l'oubli

Catégorie : Histoire, Martinique  |  le 15 Juillet 2011 par Guillaume de Morant

« Am I not a man and a brother ? », illustration du célèbre médaillon anti esclavagiste dessiné par William Hackwood ou Henry Webber pour le compte de Josiah Wedgwood, vers 1787

Donner une identité aux esclaves afin de pouvoir les honorer, c'est le sens de la mission généalogique que s'est fixée le Comité Marche 98. Cette association née il y a 13 ans pour faire reconnaître la réalité de la mémoire de l'esclavage aux pouvoirs publics a connu un beau succès. En 2009, elle a obtenu que la journée du 23 mai soit reconnue comme date de commémoration des victimes de l’esclavage, devenant officiellement la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.

Mais le CM 98 a d'autres ambitions, généalogiques celles-ci : l'association fait de la recherche d'affiliation historique entre les aïeux esclaves et leurs descendants, afin que ceux-ci puissent honorer leur mémoire. Jusqu'ici, "cet encombrant aïeul était vécu comme suffisamment honteux pour n’être pas considéré et honoré comme un parent à part entière", regrette Serge Romana, le président de CM98 dans un entretien donné à Caraïb Creole News. Depuis 2006, l'association a donc organisé un dispositif de recherches généalogiques à partir d’un événement générateur, l’attribution officielle de patronymes aux “nouveaux libres” après l’abolition de l'esclavage par décret le 27 avril 1848. Une manière de recréer le lien parental avec les aïeux, esclaves sans noms enfouis dans l’oubli.

Pendant 5 années, une centaine de bénévoles a investi les Archives à la Martinique et les Archives Nationales dans l’Hexagone, déchiffrant, recopiant des centaines de registres concernant ces “nouveaux libres” Guadeloupéens, Martiniquais, Guyanais et Réunionnais sortis de l’esclavage. Après 1848, rien qu'en Martinique et Guadeloupe, ils furent ainsi près de 160.000 hommes, femmes et enfants à être nommés par les officiers de l’état civil pour remplacer un prénom et un numéro de matricule. Plongés dans ces précieux documents, les bénévoles en ont tiré une base de données devenue incontournable. Cet outil mémoriel de référence a servi à bâtir le “Mémorial des Noms de l’Abolition”, puis à éditer le livre “Non An Nou”, pour la Guadeloupe et “Non Nou”, pour la Martinique publié fin juin.

Pour obtenir les prénoms et les matricules de vos parents esclaves, ainsi que les noms des habitations sur lesquelles ils ont vécu, il suffit de remplir le formulaire disponible sur le site Web de l'association, l'atelier de généalogie et d'histoires des familles antillaises (AGHFA) vous répondra dans un délai d’une semaine à 15 jours. Ce travail généalogique va être intensifié, annonce le CM98, pour être capable, d'ici une dizaine d'années, "de retrouver, pour chaque Antillais, la première personne de sa famille qui a débarqué du bateau l’emmenant en esclavage dans nos îles. Nous pourrons retracer son identité, retrouver son prix, celui de ses enfants, retracer le parcours de chaque famille jusqu’à aujourd’hui". L'association en appelle à toutes les bonnes volontés, à "chacune et chacun de tous ceux qu’intéresse ce travail généalogique minutieux, cet engagement pédagogique, à venir rejoindre nos rangs".

Image : « Am I not a man and a brother ? », illustration du célèbre médaillon anti esclavagiste dessiné par William Hackwood ou Henry Webber pour le compte de Josiah Wedgwood, vers 1787 ( source Wikipedia).

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