Les patronymes espagnols, reflets des royaumes du moyen-âge

Catégorie : Histoire, Espagne  |  le 23 Avril 2015 par Guillaume de Morant

Une équipe de recherche franco-espagnole, impliquant le Musée de l’Homme-CNRS et l’université de Salamanque, s’est penchée sur la répartition géographique des patronymes espagnols. Il s'agissait d’en identifier les différences régionales. Surprise, les noms des espagnols d'aujourd'hui se calquent presque parfaitement sur la carte des anciens royaumes du moyen âge ! La Navarre, la Castille-Leon et l’Aragon survivent toujours dans la répartition des noms de famille en Espagne !

Comme en France, l’adoption des noms de famille en Espagne, date de la fin du Moyen Âge. C'est la phase finale de la Reconquista des territoires arabes du sud par les royaumes catholiques du nord, un moment qui marque le début de l’unification politique du pays. Dans une étude qui vient de paraître dans la revue américaine PLOS One, les scientifiques sont partis d’analyses du recensement de la population espagnole de 2008 (padrón municipal). Ils ont classé les 47 provinces de l’Espagne continentale selon la différence ou la similarité, de leurs patronymes, soit 33.753 patronymes correspondant à plus de 30 millions d’individus. La répartition géographique qui en résulte correspond aux royaumes qui existaient au Moyen Âge, exception faite pour le royaume de Castille.

Pour vérifier leur thèse, les chercheurs ont procédé à une analyse informatique des différences linguistiques régionales, elle aboutit à des résultats semblables. Seule la Castille, au sens large, apparaît comme largement indifférenciée parce que de nombreux noms de famille y sont très fréquents. Les Rodriguez, Diaz, etc. se sont imposés -par prestige et par contrainte- aux populations annexées lors de la vaste unification territoriale initiée par Isabelle Ière de Castille. L’Espagne est le pays d’Europe avec le plus faible nombre de patronymes, le retard du développement industriel au XIXe siècle n’a pas entraîné de migrations internes importantes et la politique antirégionaliste du général Franco ont contribué à figer une géographie patronymique qui reste proche de celle du Moyen Âge.

Il est intéressant de constater, poursuivent les chercheurs, que le groupe basque, linguistiquement très différencié, ne l’est pas du point de vue des noms de famille. Il apparaît aussi que les régions correspondant à l’ancien royaume d’Aragon (dont la Catalogne faisait partie) sont les plus riches en noms de famille. La raison est que ce royaume, politiquement uni avec celui de Castille, a gardé une administration propre qui a empêché la « castillanisation » de ses patronymes. Il est rare que des faits historiques et politiques laissent des traces aussi claires dans la géographie des noms de famille d’un pays. Le cas de l’Espagne est unique à cet égard. Sacrée Espagne, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre...

Site du Musée de l'Homme : www.mnhn.fr

1 commentaire

Ttitta le 6 Mai 2015 à 09h16

Je viens de lire la publication et concernant le "groupe basque", je ne lis pas la même chose que vous. D'une part il est précisé en début d'étude que les chercheurs ont pris comme point de départ l'Atlas Linguistique de la Péninsule Ibérique, qui ne couvrait pas la zone basque ("The Basque varieties have not been recorded and the islands have not been fully sampled (this is why we analyzed only the surnames of continental Spain"). Ils ont cherché à corriger ce biais, mais d'une façon qui paraît assez peu claire dans la méthode : "To the consensus tree reported in Fig 4, we have added the Basque provinces excluded in the ALPI, according to the position they would certainly have had after a computational analysis. This artifice is fully justified because the Basque is one of the most divergent languages of all Europe and certainly the most divergent of the whole Iberian Peninsula, meaning that any computational method would classify the Basques as an outgroup."
Ils arrivent ensuite, en effet, à la conclusion d'une perméabilité entre la zone basque et les zones d'expression castillane, mais l'explication est assez claire historiquement et sociologiquement : les Basques ont émigré plus que les autres, et inversement l'industrialisation précoce de la zone Biscaye - Guipuzcoa a rendu cette zone attractive à des migrations intra-espagnoles dès le XIXè siècle, d'où la mixité patronymique qu'on y rencontre : "Even if the historical signal is well preserved in contemporary Spanish surname data, some features of the classification (Fig 3) are likely to be of recent origin, like the absence of a Basque surname cluster. Actually, it has been shown that Basque surnames, contrary to the Catalan and Galician ones which are scattered over an area corresponding to their respective languages, are distributed in a region larger than the Basque-speaking domain. Besides the provinces of Alava, Gipuzkoa and Bizkaya (Basque linguistic core-area in Spain), Basque surnames are found in large numbers also in Aragón, Cantabria, Castilla y León and La Rioja [13]. As the Basque has never been spoken in the latter provinces [34], it is likely that many families migrated outside this speaking area after the Middle-Ages and, probably, quite recently. In addition to this dispersal, the Basque country, a long established industrial area, has attracted a large number of immigrants from other Spanish provinces and from foreign countries. The balance of the two phenomena prevents the existence of a robust Basque surname cluster."
Pour finir, il me semble amusant de rappeler que de nombreux patronymes typiquement castillans sont en réalité d'origine basque (Ortega, Ochoa...) et qu'il existe des conjectures assez sérieuses sur une origine basque de la désinence en -(e)z qui est à l'origine des noms comme Lopez (fils de Lope), Pérez (fils de Pere), Jiménez (fils de Jimeno) etc. En effet, en basque la même désinence est aujourd'hui utilisée pour indiquer la matière dont est faite une chose (harri : pierre, harriz : en pierre ; egur : bois, egurrez : en bois) : http://es.wikipedia.org/wiki/Patron%C3%ADmico#Origen_en_espa.C3.B1ol

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