Filae révolutionne la généalogie sur Internet

Catégorie : Médias Web, France  |  le 06 Décembre 2016 par Guillaume de Morant

Il fallait bien Stéphane Bern, avec sa voix enjouée et son humour pour présenter la nouvelle offre "révolutionnaire" du portail Filae. L'ex-généalogie.com vient de lancer, mine de rien, une petite révolution dans le monde feutré de la généalogie. Ce lundi 5 décembre 2016, le portail a brusquement changé d'échelle. Il est passé de 10% à quasiment 100% de l'état civil français du XIXe siècle, interrogeable en ligne dans tous les départements métropolitains, à l'exclusion du Gard, du Gers, du Jura et des Hautes-Pyrénées.

L'ensemble représente plus de 100 millions de pages d’état-civil contenant 200 millions d’actes. Sont indexés les actes de naissances de plus de 120 ans révolus, les actes de mariages de plus de 104 ans révolus et les actes de décès de plus de 75 ans révolus. Selon les recommandations de la CNIL, les mentions marginales ont été masquées de façon systématique sur tous les actes.

Avec cette offre, tout curieux, tout généalogiste, chercheur ou historien peut désormais remonter sa généalogie sur plusieurs générations, sans effort de recherche particulier, puisque tous les patronymes sont indexés. Un seul outil est nécessaire : un ordinateur connecté à Internet, un clavier pour taper son nom et un écran pour découvrir, petit à petit, son arbre généalogique et les noms de ses aïeux dénichés par le moteur de recherche. La proposition de Filae est pour l'instant sans équivalent.

Mais comment ce petit miracle est-il possible ? Pour parvenir à ce résultat, Filaea a téléchargé -les mauvaises langues disent a aspiré- l'intégralité des données de l'état civil ancien proposé par les services d'archives départementales. Sans plus de formalité et "par courtoisie", leurs directeurs ont été informés par courrier. Car sur le plan légal, Filae s'est engouffré dans la brèche de l'open-date ouverte par les lois Valter (relative à la gratuité et aux modalités de la réutilisation des informations du secteur public) et Lemaire (pour une République Numérique) : depuis le 1er décembre 2016, la réutilisation gratuite des données publiques est la règle, les anciennes licences sont caduques.

Pour ce lancement sans précédent, Filae a vu les choses en grand : après une période d'accès gratuit au service, le tarif est en baisse et passe à 6 euros par mois, et de nombreux services qui étaient auparavant réservés aux abonnées deviennent gratuits comme la navigation, l'impression des arbres, ou la recherche géographique.

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106 commentaires

Christian le 10 Décembre 2016 à 08h45

@Barth
Je ne peux qu'adherer à l'ensemble de vos propos. Il ne s' agit pas de remettre en cause l'intérêt du travail d'indexation de Filae. Ce qui est reproché a cette société c'est sa malhonnêteté. A ce compte là, on se demande bien pourquoi Ancestry ou les Mormons n'ont pas agi de la même façon pour nous sortir une offre similaire voire meilleure que celle de Filae car ils en ont les moyens. Sont ils plus con que Filae ou plus respectueux des règles ?
Il faut avoir du culot pour remettre en cause comme Marianne l'action des pouvoirs publics. C'est justement parce qu'ils se sont bougés que vous pouvez accéder gratuitement en ligne a des archives numérisées et que Filae peut aujourd'hui proposer cette offre. La mise en place d'un programme de numérisation sérieux est plus lourde qu'on ne le pense. L'opération de numérisation elle même n'est souvent que la parrie la plus simple du chantier. Mais sur ce sujet comme sur d'autres malheureusement cela n'est jamais assez et les choses sont toujours très simples pour ceux qui n'y connaissent rien.
Quant au caractère imparfait de l'indexation de Filae, ceux qui considèrent que c'est déjà un grand pas en avant auraient crié au scandale si le même travail avait été proposé par une collectivité.

Barth le 10 Décembre 2016 à 00h01

@ApartHM
Félicitez-vous si vous le voulez, mais l’entreprise n’en est pas moins profondément malhonnête. Si Filae avait été un tant soit peu correct, il n’aurait pas piraté les sites (faut-il le rappeler, il s’agit bien de cela ! et ce n’est pas être « mauvaise langue » comme le prétend M. de Morant dans son article, mais factuel) : il aurait notamment fait pointer ses indexations sur les ressources en ligne des sites des Archives départementales qui le permettent (il y en a plus d’un maintenant proposant des liens pérennes pour chaque image). Et il aurait respecté ses engagements vis-à-vis de la CNIL. Mais bon, la probité, la légalité, le respect de la vie privée, la faille de sécurité générale des sites internet publics que la méthode avère, tout ça, tout ça, je vous le concède, pfiou, c’est d’un poussiéreux !!
La généalogie aujourd’hui ? c’est l’accès direct aux fonds numérisés, du XVIe s. jusque 1902 souvent voire au-delà, sur les sites des Archives départementales – sans aucun des comptes amers que vous avez visiblement à régler avec certaines associations. Et de sorte à susciter l’envie de pas mal de nos voisins européens chez qui tout cela n’existe pas. Mais on est Français, donc on s’auto-dénigre, il n’y a pas de mal à se faire du mal !
Des logiciels de visionnage plus ou moins mauvais ? Cela vous coûtera, mais avouez même qu’il y en a de bons… hétérogènes certes et c’est regrettable, mais il ne faut pas réécrire l’histoire. Avec vos cascades de « si », on mettrait Paris en bouteille, n’est-ce pas ? Il est bien douteux que l’Etat centralisé, entre 2003 et 2013 environ (le temps qu’il a fallu pour que les départements se dotent presque tous de ressources en ligne) aurait financé tout ça ; il est bien douteux aussi que les indispensables bâtiments d’archives qui ont vu le jour depuis 1983 auraient été construits ; il est bien douteux que la collecte et la gestion des archives publiques sur le terrain (c’est une « petite » mission des Archives que vous oubliez) se serait faite avec les mêmes moyens. Additionnez les budgets annuels consacrés aux archives par les départements, comparez-le avec le budget « archives » du ministère de la culture d’avant 1983, et voyons ce qu’il en est… Du reste, le ministère de la culture n’est pas à mettre en cause, s’il n’y avait pas, pour en rester à la numérisation, eu un partage 50/50 des frais de numérisation entre Etat et départements, la plupart des registres matricules militaires ne seraient pas en ligne à ce jour. Certes, la décentralisation a plus que de gros défauts, mais pas un Français ne veut renoncer aujourd’hui aux avantages qu’il en tire, souvent sans le savoir… Mais on est Français, donc jacobin quand l’Etat est girondin, et girondin quand l’Etat est jacobin, libéral par dépit d'un Etat trop peu centralisé à son goût, dont on dénoncerait la centralisation si elle était plus grande.
Un gain pour les Archives départementales avec « 80% de visiteurs en moins, des charges de personnel en moins » ? Figurez qu’une salle de lecture presque vide ou pleine demande strictement le même personnel pour fonctionner, et qu’heureusement, il y reste généralement un peu plus de 20% des lecteurs dans les départements où l’on a su maintenir l’intérêt pour les autres fonds d’archives – faut-il le rappeler, la masse des 95% des fonds conservés, qui ne sont pas les fameux registres paroissiaux et d’état civil, et qui ne seront jamais numérisés pour des raisons techniques, de coûts, de « rentabilité », etc. ! Les Mormons ont microfilmé les registres jusque 1882 généralement, il y a bien longtemps que les trains de numérisations des Archives sont un peu plus compliqués que de numériser des bobines et apportent des sources permettant de résoudre les difficultés généalogiques courantes (recensements de population, registres matricules militaires, etc.). Figurez-vous aussi qu’organiser des trains de numérisation, gérer un site internet et ses internautes, s’adapter à un « lectorat » à distance vous sollicitant quotidiennement par mail sont loin d’être une sinécure ! La nature du travail a changé, il s’est déplacé, mais il demeure, en demandant des niveaux de qualification supérieurs.
Enfin, il y a sans doute manière de faire… et de mauvaises expériences qui ne peuvent avoir valeur de règle (surtout pour justifier des agissements douteux !). Pour équilibrer les choses, je peux pour ma part vous assurer avoir toujours bénéficié de la plus grande compréhension pour un dépassement de quota, que ce soit dans de grands ou petits services !

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