Généalogie par l'ADN : il y a un nouvel Adam génétique !

Catégorie : Nouveautés  |  le 10 Mai 2013 par Guillaume de Morant

C'était une chose établie, l'Adam génétique vivait il y a 140.000 ans. Patatras ! Une découverte effectuée grâce à une généalogiste amateur, vient de reculer jusqu'à 338.000 ans l'existence de cet homme, véritable aïeul de l'homme ! Et cela ne va pas sans poser quelques problèmes pour interpréter l'arbre généalogique de l'humanité.

Mais reprenons pour bien comprendre. L'Adam génétique, c'est l'équivalent masculin de l'Eve mitochondriale, celui qui a laissé son chromosome Y à tous les hommes actuels. Chacun d'entre nous est porteur de la petite signature d'Adam, comme l'Eve mitochondriale est elle aussi présente dans une autre partie de l'ADN humain. Comme le prouvent les petits surnoms, il s'agit d'ancêtres théoriques, et leur place est susceptible de varier au fur et à mesure de la progression des analyses génétiques pratiquées sur un nombre de plus en plus important d'êtres humains. Dernière précision, Adam et Eve n'étaient pas mari et femme : ils vivaient à plus ou moins 150.000 ans d'écart...

Qui a osé ainsi bouleverser l'ordre établi ? C'est une généalogiste américaine, proche parente d'un nommé Albert Perry, décédé depuis peu. Albert était un Afro-Américain vivant en Caroline du Sud, lointain descendant d'esclaves africains arrivés en Amérique entre le XVIIe et le XIXe siècle. Souhaitant en savoir plus sur son parent, notre généalogiste a envoyé un échantillon de son ADN pour effectuer une analyse génétique à visée généalogique, comme le proposent quelques laboratoires et entreprises spécialisées aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Suisse, mais pas en France où cela reste interdit.

Surprise, l'échantillon ne ressemblait à rien de connu, raconte le blog Passeur de Sciences. Albert ne descendait visiblement pas du même Adam que tout le monde ! S'emparant de la découverte, une équipe internationale décide d'approfondir les recherches sur ce chromosome Y si particulier. L'étude a été publiée dans une revue scientifique, l'American Journal of Human Genetics. Et l'arbre a pris un bon coup de vieux, poursuit Passeur de Sciences. Le nouvel Adam dont descend Albert était bien lui aussi Africain, mais il vivait il y a 348.000 ans.

La découverte ouvre de nouveaux champs de réflexion aux généticiens et aux spécialistes de l'évolution humaine. Car le nouvel Adam n'est manifestement pas un Homo Sapiens dont l'apparition est datée d'après les données fossiles, d'il y a environ 200.000 ans. Albert Perry, qui vivait au XXIe siècle était pourtant bien porteur d'un chromosome Y datant d'un homme "archaïque" et il n'est sans doute pas le seul.

Il faut considérer l'arbre généalogique de l'humanité comme un énorme brassage de gamètes dans lequel de grandes tendances se dessinent mais aussi dans lequel apparaissent parfois des traces de groupes humains restés inconnus. L'explication serait à chercher du côté des Mbo, un peuple africain vivant dans le sud-ouest du Cameroun, dans la région du Littoral dont le chromosome Y présenterait des caractéristiques analogues à celles du chromosome Y d'Albert Perry.

Ne s'agit-il pas là d'un beau plaidoyer en faveur d'une campagne de relevés plus denses et plus réguliers ? Les généticiens aimeraient avoir plus d'informations d'ADN en provenance d'Afrique. Et peut être que cet exemple incroyable de découverte scientifique pourra militer en faveur de l'ouverture de tel type de tests en France, là même où la loi sur la bioéthique les interdit ?

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