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Service historique de la Défense : le patron limogé, le site une nouvelle fois piraté

Ça tangue sérieusement au Service Historique de la Défense : son patron, le général Paulus vient d'être limogé, le numéro deux du service, conservateur du patrimoine, vient d'être remercié, tout comme une autre "civile", Karine Leboucq, également conservatrice du patrimoine, chargée de la Marine. Pour couronner le tout, le site Internet de l'institution vient d'être une nouvelle fois piraté et se trouve actuellement indisponible pour une durée indéterminée. Par mesure de sécurité, l'ensemble des données a été désactivée et l'adresse Web renvoie provisoirement vers la page d'accueil du Ministère de la Défense.

Indiscutablement, le SHD traverse une belle tempête à laquelle les lecteurs, chercheurs, historiens et généalogistes ne comprennent strictement rien. Selon un article du Point qui a révélé l'affaire, l'origine de ce spectaculaire coup de balai serait à chercher dans une querelle de personnes, le numéro un ne s'entendant plus avec le numéro deux et vice-versa. Une sombre histoire de témoignages oraux accessibles à tous mais dont certains auraient dus être classés Secret Défense aurait mis le feu aux poudres. Mais pour les bons connaisseurs des coulisses de la Défense, cette explication est un peu light.

La situation est devenue ingérable tout simplement parce qu'au sein même du SHD cohabitent deux conceptions des archives. Pour les "militaires", les archives devraient être avant tout des instruments au service des militaires et de l'enseignement de la guerre. Régulièrement, des plaidoyers contre "l'amnésie de la pensée militaire" et pour l'utilisation de l'histoire en appui des opérations" paraissent dans les revues spécialisées, illustrant ce courant de pensée de la "Grande Muette". Du côté des "civils", la vision est toute autre. Les archives ne doivent pas être au seul service des armées, mais devenir les archives des armées, au même titre que les Archives nationales sont celles de la Nation et celles des Affaires Étrangères sont celles de la diplomatie française.

Ces deux conceptions ne sont pas nouvelles, mais la réorganisation totale des archives militaires, illustrée par la création d'un SHD, unifiant les archives des toutes les armées (Terre, Air, Marine, Gendarmerie) a plutôt attisé le feu qui couvait. Imaginez de faire cohabiter des militaires aux cultures déjà forts différentes avec des civils. Ajoutez à cela une grande ambition d'ouverture vers le grand public, alors que rien n'est dimensionné pour l'accueil de telles foules (sauf la salle de lecture Louis XIV). Pimentez en éloignant les archives de leur lieu de consultation (elles se trouvent en dehors du fort de Vincennes, à plusieurs centaines de mètres), saupoudrez avec un manque de moyens financiers et conjuguez-le avec le manque de moyens humains -et il faut bien le dire, une certaine démobilisation des personnels- et vous obtenez une crise comme celle qui vient de s'ouvrir.

Les chercheurs fréquentant le SHD notamment à Vincennes vivent ce énième épisode en spectateurs impuissants. Ils ont également l'amer sentiment d'être les grands oubliés des archives militaires et pour lesquels on a bien peu de considération. "On a l'impression d'être les dindons de la farce", assure l'un d'eux. "Il faut désormais réserver nos documents 4 semaines à l'avance et il nous arrive souvent d'entendre une fois sur place : votre document est manquant. A quoi sert alors d'indiquer notre mail et notre téléphone, si personne ne nous avertit qu'il est inutile de venir ?"

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[MAJ 30/11/2015] Suppression de l'identité du conservateur du patrimoine concerné à la demande de l'intéressé.

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