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Bataille en vue entre MyHeritage et Geneanet pour le contrôle de Filae

Par qui va être racheté Filae ? Le portail généalogique va t-il se raccrocher à une locomotive internationale ou bien va t-il devenir un champion français de la généalogie mondiale ? Dans ces deux visions d'avenir qui s'opposent, les hostilités ont commencé ce jeudi 21 janvier 2021, quand Filae a annoncé être entré en négociations exclusives avec l'israélien MyHeritage, en vue de leur rapprochement.

Selon les termes d'un communiqué, Filae -qui est cotée en bourse- envisage deux solutions. Soit MyHeritage parvient à racheter au moins 90% du capital et des droits de vote de Filae sur la base de 15,99 € par actions, soit, si cette première solution échoue, Filae vendra directement les actifs constituant ses activités à MyHeritage.

Pour Toussaint Roze, patron de Filae, "ce rapprochement représente une très belle opportunité, MyHeritage offrant à Filae les moyens lui permettant de poursuivre son développement en France, d’accélérer l’enrichissement des bases de données et d’accroître leur audience à l'international". 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Geneanet, le principal concurrent de Filae n'est pas du tout du même avis. L'annonce a même fait l'effet d'une bombe allant bien au-delà d'une simple opération de bourse. Car il se trouve que le principal actionnaire de Filae est... Geneanet et sa filiale, le fonds "ami" Trudaine Participations. A eux deux, ils possèdent déjà 42,95 % du capital. 

La première condition ne pourra jamais marcher, puisque Geneanet n'est pas vendeur de ses parts, pas plus que Trudaine Participations. Donc impossible pour un opérateur extérieur d'atteindre cet objectif des 90%. Sur la seconde proposition, que Filae liquide tous ses actifs, ses bases de données généalogiques, ses arbres en ligne en les vendant à MyHeritage, "La question est de savoir si cette cession de l’actif principal de Filae relève uniquement de la compétence du Conseil d’Administration ou bien si elle doit être soumise à l’approbation d’une assemblée générale des actionnaires sous sa forme ordinaire ou bien extraordinaire", relève Geneanet dans sa note explicative, "tous nos interlocuteurs trouvent le principe de pouvoir vendre l’actif principal d’une entreprise en se passant de l’avis des actionnaires, profondément choquant". 

La réaction de Trudaine-Geneanet n'a donc pas tardé, sous la forme d'une intention de déposer une offre publique d’achat (OPA) sur les titres de Filae, pour un prix de 14 € l'action, afin de "créer un champion mondial français de la généalogie". L'idée est de combiner les forces des deux plus gros sites français, Geneanet étant le 4e site Internet de généalogie mondial et Filae pointant actuellement en 12e position.

Geneanet déclare dans une communication sur son blog qu'en cas de succès de son OPA, une offre commune sera proposée, permettant aux abonnés Premium d'accéder à l'offre de Filae, sans surcoût, c'est à dire pour 50 euros annuels payés à Geneanet, d’ajouter un accès inclus à l’offre de Filae. 

Estimant que l'avenir de Filae revient à choisir entre deux visions, deux projets et deux sociétés, Geneanet réfléchit à lancer un emprunt participatif afin d'associer ses membres à cette OPA. Les fonds levés dans ce cadre seraient utilisés pour racheter les titres de Filae... y compris auprès de généalogistes membres de sa communauté qui en détiendraient. 

Du côté de MyHeritage, Gilad Japhet, le fondateur et dirigeant se veut rassurant : "Nos intentions pour Filae sont de maintenir l'indépendance de cette société, avec toute son équipe et même de la renforcer. Comme ce que nous avons fait il y a 8 ans en rachetant Geni.com, qui a prospéré sous notre direction, nous avons maintenu son indépendance et l'avons renforcée".

Pour Gilad Japhet, "la décision appartient aux personnes qui ont fondé et dirigé l'entreprise Filae et qui ont fait tant d'efforts pour la construire. Les généalogistes français auraient beaucoup à gagner à un rachat par MyHeritage, étant donné les vastes ressources et les technologies de rapprochement d'arbres à arbres et d'arbres à documents dont Filae bénéficierait. Les utilisateurs de MyHeritage profiteraient également des archives historiques de Filae. Cette combinaison apporterait une grande plus-value à chaque généalogiste français, car MyHeritage pourrait accélérer le rythme de l'indexation des documents français et les mettre à la disposition des abonnés des deux sites". 

En résumé, c'est presqu'une histoire de famille qui oppose les deux acteurs français de la généalogie. Filae et Geneanet ont été créées en même temps au milieu des années 1990, mais se sont développées avec des stratégies divergentes. Ces grandes opérations pour monter au capital de Filae illustrent toute la singularité du modèle français de la généalogie. Un modèle qui aiguise bien des appétits !

Commentaires

54 commentaires
  • Portrait de Michel J.

    Complément de mon précédent commentaire : J’avoue qu’avoir 42% du capital et n’être pas consulté ça dépasse l’entendement ! Ça sent la mondialisation généalogique à plein nez avec ses conséquences inéluctables... Pour tenter modestement de contribuer à éviter une telle embardée je viens de renouveler par anticipation mon abonnement premium à Geneanet.
    • Portrait de AUBRY

      IDEM RÉACTION, UN MOIS CHEZ L'AUTRE AURA SUFFIT DE ME TENIR LOIN DE LEUR SITE ANTI GÉNÉALOGIQUE..je viens de renouveler par anticipation mon abonnement premium à Geneanet POUR DEUX ANS.
    • Portrait de Jean-François Ruellot

      J'ai fait de même, échéance en septembre mais je viens de renouveler