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Droit à l'oubli numérique : la jurisprudence Google comme frein à la généalogie ?

Google a reçu dans la journée du vendredi 30 mai 2014, plus de 12.000 demandes d'internautes européens à être effacés par ses services de recherche. Plus de 12.000 internautes ont donc exigé du géant américain qu'il applique à leurs données personnelles la décision de la Cour de justice européenne. Sur simple demande, doivent être effacés par le moteur les résultats de recherche "des liens vers des pages comportant des informations personnelles les concernant, notamment si elles sont périmées ou inexactes". Cette possibilité est proposée par Google sur un formulaire spécifique accessible ici.

Mais cette avancée du droit, si elle répond à de légitimes attentes, laisse ouvertes bien des questions. Certes, elle ne laisse plus durer dans le temps des débordements inacceptables. A l'origine de cette plainte européenne contre Google se trouve un homme qui avait eu beau avoir réglé tous ses problèmes d'endettement et avoir remboursé rubis sur l'ongle l'intégralité de ses créanciers, Google persistait à mettre en avant des pages où il était présenté comme étant en faillite ou en liquidation personnelle. Voici donc le droit à l'oubli numérique.

Mais l'enfer, dit on est pavé de bonnes intentions. Au nom du droit à l'oubli (numérique ou non), il est également possible d'aller beaucoup trop loin et par exemple de menacer des droits futurs, à commencer par celui de connaître son histoire ou celle de sa famille. Car si un internaute ne souhaite pas voir sa vie privée étalée sur Internet, pourquoi aussi ne pas exiger l'effacement de toute trace administrative, comme l'avait souhaité un projet de réglement européen ?

Imaginons un Poilu de 1918 exigeant de sa hiérarchie l'effacement de toute mention relative à ses faits et gestes, qui saurait 100 ans plus tard la conduite héroïque de tel soldat ou bien l'insoumission de tel autre ? En l'absence de registres matricules militaires, quel autre document transmettrait des informations aussi intéressantes que le parcours militaire de l'aïeul, ses grades successifs ou bien parfois la date et le lieu de son décès au combat ?

Effacer les données personnelles, c'est aussi pourquoi pas, détruire tous les registres d'état civil jusqu'aux actes paroissiaux du XVIIe siècle. Ces actes de naissance, mariage et décès ne délivrent t-il pas des informations scandaleusement intentatoires à la vie privée ? Dans ce domaine comme dans d'autres, il faut savoir raison garder. Et aussi savoir ce que l'on veut. A l'heure où toute une génération partage instantanément sur Facebook n'importe quel événement : la joie avec le mariage de tel ami ou la tristesse avec le décès de tel autre, pourquoi vouloir alors avec tant d'obstination demander à Google l'effacement de ces mêmes événements ? Lors d'un mariage, les portes de la mairie ne doivent elles pas rester ouvertes pour permettre à tous de constater cet événement public ?

Et pour finir sur une note purement généalogique, il y a le paradoxe bien connu du chercheur d'ancêtres. Pour faire de la généalogie descendante, pour organiser une cousinade, pour retrouver des héritiers dans une succession où ils sont inconnus, il faut bien pouvoir consulter à un moment ou l'autre des informations sur la vie privée. Pourtant le chercheur d'ancêtre est de plus en plus empêtré dans une contradiction : moins il veut en dire sur lui même, plus il exige des autres ou des pouvoirs publics la plus grande transparence...

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