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Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire

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Apprentis, Tunis (Tunisie), 1901.
Crédits
Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle

Troisième volet de la série d’expositions sur les religions monothéïstes présentées par l’Institut du monde arabe (IMA) initiée en 2014, celle consacrée aux juifs porte sur le vaste ensemble, dans le temps et dans l’espace, que représentent les juifs d’Orient.

Scindée en sept thèmes, elle balaye de manière chronologique une histoire qui s’étale sur des millénaires, des temps bibliques à nos jours.

Présents en Orient depuis l’Antiquité, les juifs ont contribué aux côtés des autres populations qui y vivaient à construire l’histoire de ces contrées. L’intérêt de l’exposition dépasse donc nécessairement le cadre de son titre.

Démarrant avec la période de l’Antiquité, elle se poursuit par la présentation des deux grands groupes qui constituent les juifs d’Orient : juifs du Maghreb et juifs de l’Empire ottoman évoqués à égalité. Outre la pratique du judaïsme, ils avaient en commun de vivre en terres musulmanes, pour la plupart après l’expulsion de leurs ancêtres de la péninsule ibérique lors de l’Inquisition. Ce départ a fait passer à la postérité la notion bien connue aujourd’hui de séfarades (originaires d’Espagne) utilisée pour tous les qualifier.

L’accueil des juifs en terre musulmane qui s’en est suivi est l’occasion de rappeler qu’ils y avaient, comme les autres minorités religieuses, le statut de dhimmi : protégés, soumis à une taxe particulière et considérés comme sujets inférieurs.

Cette exposition a ainsi le mérite de montrer la réalité de la vie des juifs d’Orient dans tous ses aspects. Dans les pays musulmans, ils furent à la fois accueillis, mais aussi soumis à des conditions de vie et parfois même à des violences qui les ont poussés à l’exil au cours du 20e siècle.

Au-delà de la (re)découverte de l’histoire des juifs de cette partie du monde, l’objectif de l’exposition est bien sûr de rappeler que celle de l’Orient s’est nourrie des apports de toutes ses populations et que l’identité de chacune s’est aussi façonnée aux contacts des autres. C’est donc aussi l’histoire d’une identité multiple qui est présentée.

De nombreux éléments témoignent de ces influences dans l’identité des juifs d’Orient : les mots turcs entrés dans le judéo-espagnol (djudezmo) des juifs de Turquie, l’arabisation de la langue dont la haketiya (judéo-espagnol arabisé) est un exemple au nord du Maroc, celle des prénoms et noms des juifs du Maghreb qui joue parfois des tours aux généalogistes ayant des ancêtres juifs dans ces régions.

La richesse de cette histoire commune judéo-musulmane est évoquée à travers des lieux et figures emblématiques des juifs d’Orient : la guénizah du Caire et ses fabuleux manuscrits, Maïmonide, le  rabbin médecin de Cordoue exilé en Egypte, la figure du faux messie Sabetaï Sevi, juif de Smyrne converti à l’Islam à l’origine de la secte des dönme.

Outre la richesse des objets et documents présentés, dont quelques ketoubot (actes de mariage religieux), des témoignages filmés  de « juifs d’Orient » émaillent le parcours.

Aujourd’hui, la génération des juifs que l’on peut encore qualifier « d’Orient » car ils y sont nés et leurs descendants ont à cœur de préserver la mémoire de cette histoire, notamment par la généalogie à laquelle ils sont de plus en plus nombreux à s’intéresser.

Informations pratiques

Mots-clés
Expositions, Paris, Juif

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