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Les archives de la police sous l'Occupation seront mises en ligne

Rapports de filatures, procès-verbaux d'interrogatoires, lettres de délation… Ce sont des archives particulièrement sensibles que la préfecture de police de Paris numérise actuellement, afin de les mettre en ligne d'ici 2015. Près de 250.000 pages, soit 18 mètres linéaires concernant l'Occupation s'apprêtent à passer sous un scanner haute définition, acquis à cet effet par l'institution. C'est toute l'activité des "brigades spéciales" qui sera consultable sur Internet d'ici deux ans, une date correspondant à la fin du délai d'interdiction de communication au grand public de 75 ans, à partir de 2015 jusqu'en 2019. Pour être clair, ces archives sur la traque des résistants, des communistes et des juifs ne recèlent plus guère de secrets, car elles ont été "libérées" dès 1994. Tout historien, chercheur ou journaliste ayant pu en prendre connaissance sous réserve de justifier d'un travail sur celles-ci. C'est donc l'épreuve du grand public que s'apprêtent à affronter ces archives si particulières.

Car si toutes les révélations ont pu être extraites par les historiens, chercheurs et journalistes, il ne s'agit que de l'histoire collective et non pas de l'histoire individuelle. Dans des dossiers d’affaires explorant les dessous d'une arrestation, d'une exécution, d'une trahison et comportant des registres, des plans, des agendas et même 3.500 photographies anthropométriques, la révélation des noms risque donc de provoquer des dégâts dans les croyances familiales. Tel oncle ou grand-père classé jusqu'ici comme héros, risque donc d'être placé au ban de l'arbre généalogique. Parfois, on cherchera vainement le nom d'autres qui pourtant se vantaient d'avoir été malmenés ou poursuivis par les autorités placées sous les ordres des nazis...

Sans être explosif, ce coup de projecteur sur la France des années noires va être révélateur de la capacité des Français à jeter un regard apaisé ou non sur cette période troublée. Par ailleurs, la numérisation des archives répond à un besoin très concret de protection de ces documents très demandés, imprimés souvent sur des supports fragile comme le papier pelure. Il s'agit aussi de démultiplier virtuellement la capacité de la salle des archives de la préfecture de police de Paris : avec plus de 2.000 chercheurs accueillis en 2010, ses 17 places sont déjà prises d'assaut.

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