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Les origines mal connues de Françoise Giroud

Née le 21 septembre à Lausanne, Françoise Giroud se nommait à l’état civil Léa France Gourdji et était connue sur le pseudonyme que l’écrivain André Gillois lui avait inventé avant la guerre, pour travailler à la radio. Un pseudonyme qui était quasiment l’anagramme de son nom, et qui a été officialisé par un changement de nom en bonne et due forme, en juillet 1964.

Elle était issue d’une famille juive originaire de Turquie, une famille très intéressante mais dont la généalogie est très mal connue et sur laquelle on trouve plusieurs inexactitudes.

On lit ainsi que ses parents s’étaient mariés à la mairie du VIIIe arrondissement de Paris, alors qu’il s’agissait de celle du IXe, où le 17 décembre 1908, Salih Gourdji, né en 1883 à Constantinople (selon son acte de naissance, alors qu’on le dit généralement né à Bagdad) et directeur politique du journal La Turquie Nouvelle, avait épousé Elda Faragi, née en 1884 à Salonique (ville alors ottomane). Le marié s’était établi à Paris, où il avait fait des études de droit, après avoir fondé la première agence de presse turque et s’être engagé dans un groupe de jeunes politiques turcs, souhaitant rétablir la constitution ottomane, groupe dont une délégation sera reçue par Clémenceau. La mariée était la fille d’un médecin colonel de l’armée turque. Tous deux appartenaient à des familles notables – le mari et le beau-père sont qualifiés de "bey" et le second aurait eu rang de "pacha".

Selon Françoise Giroud, les Gourdji étaient issus d'une famille dite "deumnès", c'est-à-dire l'une des cinq cents familles sépharades converties à l'islam au XVIIe siècle. Elle ajoute que "un généalogiste qui a fait des recherches sur ma famille a découvert que le membre le plus ancien dont il ait retrouvé la trace, au XVIIIe siècle, était drugman", c’est à dire interprète du Palais. Je n’ai trouvé nulle part trace de recherches faites sur sa famille et n’ai pu identifier le généalogiste en question, qui ne semble pas avoir été Joseph Valynseele…

On ne remonte donc pas au-delà des grands-parents : Benjamin Gourdji (décédé avant 1908) et Esther Jesusalmi, et Elias Faragi et Lia Nahmias.

Salih Gourdji décèdera précocement de la syphilis en 1925 – et non pas en 1927, comme on le lit souvent –à l’asile psychiatrique de la Ville-Évrard, à Neuilly-sur-Marne. Un décès qui mettra sa femme en grave difficulté financière, pour élever leur deux filles, la future Françoise Giroud et sa sœur aînée Djédane, qui sera déportée à Ravensbrück (pour faits de résistance et non pour sa judéité).

Françoise Giroud, qui voudra faire partie des "petites françaises" et sera baptisée, vivra une "enfance pauvre dans un milieu bourgeois dont elle s'est sentie exclue. Toute jeune, elle a vu chez les autres ce que pouvaient être la richesse et le luxe. Elle a su très tôt ce qu'était la déchéance sociale, ce que signifie la perte de son rang, les rapports de forces qu'impose alors la société".

"Il faut avoir été dans une position subalterne, avec toutes les petites humiliations que cela suppose, pour savoir que le monde se divise en dominants et en dominés, et que seuls les dominants respirent...", écrit-elle dans On ne peut pas être heureux tout le temps. Elle ne tolérera jamais la pauvreté et le mépris.

Françoise Giroud sera la mère de deux enfants : Alain-Pierre Danis, né en 1941 et mort d’un accident de ski en 1972 (qui aurait été un fils caché d'Elie Nahmias, directeur d'une société pétrolière – et cousin ???) et une fille, Caroline Eliacheff, née en 1947, de son mariage avec Anatole Eliacheff, producteur de cinéma, tout en ayant du avorter, à la fin des années 50, d’un enfant dont le père était Jean-Jacques Servan-Schreiber.

Sa fille, Caroline, psychanalyste, épousera à quinze ans, en 1962, le cinéaste Robert Hossein, dont elle aura un fils (Nicolas, devenu Aaron, rabbin à Strasbourg), avant de se remarier au réalisateur roumain Martin Karmitz, dont elle aura un second fils, le producteur Nathanaël Karmitz (né en 1978).

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