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Quand l'Université d'Avignon conjugue "droit et généalogie"

Ciel radieux sur le campus Hannah Arendt de l’Université d’Avignon ce vendredi 9 octobre 2015. Une météo estivale pour une journée de travail des plus riches à l’initiative du doyen de la faculté de droit, d’économie et de gestion. Prenant acte de l’engouement croissant pour la généalogie, le professeur Franck Petit a en effet convoqué un colloque autour du thème "Droit et Généalogie".La variété, des intervenants (juristes, historiens) comme du public (enseignants, étudiants, notaires, généalogistes), témoigne du caractère pluridisciplinaire de la généalogie et de sa capacité à mobiliser un large éventail de problématiques. Une richesse mise en évidence par les différentes communications, induisant elles-mêmes de nouveaux objets d’étude. Foisonnement qui fera dire au président de l’Institut international d’histoire du notariat, Jean-Pierre Clavel, qu’il convient d’ors-et-déjà de prévoir un deuxième colloque. Souhaitons qu’il soit entendu.

La généalogie, comme expertise des liens de filiation, répond à une demande sociale. Qu’elle s’applique à la mission accomplie par le généalogiste successoral révélant des droits ignorés. Ou qu’elle soit mise en œuvre par le généalogiste familial au service de la reconstitution d’un patrimoine historique, immatériel mais à forte valeur émotive. Dès lors il est légitime de se pencher sur le cadre légal de son exercice et sur les conditions d’accès à la profession.Sur ce dernier point la présentation du diplôme universitaire (DU) "Généalogie et histoire des familles" de l’université de Nîmes a suscité un grand intérêt. S’agissant d’un cursus tourné vers la généalogie familiale les questions du public ont bien entendu porté sur les débouchés, une enseignante de l’université de Caen s’interrogeant sur l’opportunité d’orienter des étudiants vers cette voie professionnelle.

Autres problématiques soulevées par l’exercice de la généalogie, dans le contexte amateur aussi bien que professionnel : le respect de la vie privée et le traitement des données généalogiques. Questions cruciales, amplifiées par l’évolution technologique, magistralement exposées par Bérengère Gleize. La juriste a précisé les limites fixées par les textes, et définies par la jurisprudence, tout en invitant les auditeurs à une réflexion prospective sur la réutilisation des fonds d’archives.

On n’entrera pas dans le détail de toutes les interventions. Notons la présentation des travaux des historiens du droit sur les archives notariales à travers l’exemple des contrats de mariage provençaux au XVIIIe siècle. Derrière ce droit élaboré par le praticien dans les clauses qu’il rédige se dessine un besoin social et donc un potentiel éclairage généalogique. Signalons encore deux interventions connexes sur la dévolution du nom de famille et sur le changement de ce même nom de famille. Enfin, on savait déjà que la généalogie est reconnue comme l’une des sciences auxiliaires de l’histoire. Avec l’historien du droit Eric Wenzel on se demandera maintenant s’il ne faut pas l’appréhender aussi comme une science auxiliaire du Droit.

Les généalogistes professionnels successoraux ont pu aussi présenter leur métier, parfois malmené dans l’opinion. Ils ont souligné que, pour ne pas être réglementée, la profession n’en est pas moins très encadrée. On regrettera toutefois que la propre généalogie des successoraux soit encore si mal connue, la tradition faisant toujours la part belle à cet ancêtre mythique, ce visionnaire qui, "vers 1835", a créé un métier. Même si cette légende dorée a été remise en question (voir "Les généalogistes : des « révélateurs" dans La Revue française de Généalogie n° 201, août-septembre 2012). Mais les cordonniers ne sont-ils pas toujours les plus mal chaussés ?

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