Infos

Rébellion bretonne à la Fédération française de généalogie

francegenealogie.png

La mise en avant de MyHeritage, pour son soutien financier au salon virtuel de la généalogie, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour le président du Centre généalogique du Finistère.
Crédits
Capture France-genealogie

A l'automne 2020, un conflit interne à la Fédération française de généalogie (FFG) s’est traduit par le départ d’au moins trois associations, dont certaines sont des poids-lourds de l’institution. Le Cercle généalogique du Finistère, présidé par Jean-François Pellan – qui fut lui-même président de la fédération de 2013 à 2016 – a initié le mouvement le 24 octobre dernier. Il a été suivi par le Centre généalogique et historique du Poher et le Cercle Généalogique d’Ille-et-Vilaine.

Plusieurs raisons expliquent ce choix. Pour Jean-François Pellan, il s’agit d’un constat exprimé très clairement depuis des années et renouvelé dès l’élection de Valérie Arnold-Gautier à la tête de la FFG en juin 2019 : il n’apprécie pas le mélange des genres entre la généalogie associative et les entreprises marchandes. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la sponsorisation du salon virtuel de généalogie par un portail commercial : « Je ne comprends pas pourquoi la fédération est allée faire de la publicité pour MyHeritage, qui a pu faire trois ou quatre conférences, dont une sur "comment adhérer à MyHeritage". Or ces portails commerciaux comme MyHeritage, Geneanet, Filae et d’autres sont en train d’abimer le monde associatif. Donc pendant un an sur le site de la fédération, qui est normalement là pour promouvoir les associations, on va avoir le logo MyHeritage ? Vous trouvez que je peux accepter ça ? Mettez-vous à la place d’associations comme nous qui nous battons pour conserver et renouveler nos adhérents ».

Outre l’influence du secteur marchand, la démission des trois associations entend dénoncer des problèmes de communication au sein de la fédération. La commission spécifique chargée de l’organisation des salons n’a pas été consultée, ni même avertie de l’organisation de la manifestation virtuelle. Par ailleurs, les administrateurs qui représentent les associations comportant le plus d’adhérents, notamment ceux mandatés par l’Union généalogique de la Bretagne historique, ne seraient pas informés des décisions importantes. « Les membres du bureau actuel représentent en tout 9 % des effectifs de la fédération. Moi, en tant que simple CGF, je faisais déjà 12,5 %, l’UGBH avant les démissions, c’était 26 % des effectifs de la fédération, justifie Jean-François Pellan. Dès qu’on dit quelque chose, on ne nous écoute pas. J’estime qu’avec 26 % des adhésions, et vu ce qu’on paye, on a quand même le droit d’être un peu écouté. J’avais proposé que l’UGBH ait deux postes de conseillers de la présidente pour siéger au bureau. Je ne demandais même pas de droit de vote, mais au moins faire part de nos positions et essayer de faire passer un certain nombre de choses ». Cette demande est restée lettre-morte.

Enfin, Jean-François Pellan, à titre personnel réfute l’intérêt de l’indexation des morts de la guerre de 1870 et des cavaliers de l’Empire : « Qui a entendu parler des 150 ans de la guerre de 1870 ? Très peu de gens. Ce ne sont pas les cavaliers de l’Empire qui vont amener beaucoup de nouveaux adhérents pour les associations. Moi je pense que ça coûte juste de l’argent. Le projet Arkothèque pour mettre en ligne les cavaliers de l’Empire, c’est entre 3 000 et 4 000 euros ». Les conséquences du départ de trois cercles de la fédération, notamment de la plus grande association de généalogie française avec ses 5 600 adhérents, sont déjà financières : la cotisation du CGF à la fédération représente 9 000 € par an.

Interrogée, la présidente de la fédération, Valérie Arnold-Gautier, tient à réfuter un à un les arguments utilisés pour quitter la fédération et à en relativiser la portée : « Bien sûr, ces départs sont un coup dur pour la fédé, y compris financier. Mais des départs, cela fait partie de la vie de la fédération, il y en a régulièrement. Et combien sont revenus cette année ? Une dizaine d’associations ».

Elle estime avoir agi comme il fallait : « Je trouve ça triste, d’autant que j’ai passé du temps avec eux, je suis venue à leur rencontre pour leur expliquer les projets. Mais ces associations ont préféré suivre l’appel de l’Union bretonne dirigée par Jean-François Pellan. C’est un notable et on ne va pas contre l’avis de Me Pellan ».

Sur la vision de l’avenir de la généalogie associative, elle note effectivement de grandes divergences : « M. Pellan s’indigne que je passe des accords avec des portails de généalogie commerciale, mais il n’a pas levé le pouce. Pourtant, avec son association qui gagne énormément d’argent avec 5 600 adhérents, il avait les moyens de nous aider à financer le salon virtuel. Il a refusé, je suis donc allée chercher les financements ailleurs. En pleine pandémie, instaurer un salon de généalogie virtuelle, je crois que c’était plutôt une bonne idée et la Fédération française de généalogie était parfaitement à sa place dans ce rôle. D’ailleurs, nous venons de reconduire ce salon virtuel pour un an ».

Pour Valérie Arnold-Gautier, c’est un peu la bataille des anciens contre les modernes. « Ces associations refusent aussi notre projet avec Arkothèque, qui est la préfiguration d’un projet plus large. Il permettra à des associations de proposer de l’indexation collaborative sur des projets particuliers. Ils dénoncent les coûts comme s’il s’agissait de dilapider l’argent de la fédération. Remettons les choses à leur place, on parle d’un projet à 2 500 € par an. Et avec l’aide du Souvenir français, on va l’équilibrer financièrement. À chaque fois que je lance un projet, il y a toujours une recette en face. J’obtiens des subventions. On ne peut pas bouger sans investir. Moi, je préfère avancer. Il y a tellement de choses à faire ».

Retrouvez cette actualité dans nos publications

Commentaires

1 commentaire
  • Portrait de Pellan Jean François

    Pour répondre aux affirmations de la présidente de la Fédération, je dois préciser que le CGF a payé l'an dernier une cotisation de pratiquement 9 000 € et qu'à ce titre nous pensons avoir financé correctement la Fédération. A quel titre, notre association aurait-elle dû financer le salon virtuel, et pourquoi pas d'autres associations ? Aucun appel n'a été fait auprès des association, à ce titre, par la Fédération. Le CGF n'a rien refusé, car on ne lui a rien demandé que ce soit officiellement ou officieusement. Je mets au défi la présidente de prouver ce qu'elle dit, sur ce sujet. Dès le départ, la présidente s'est rapprochée de Geneanet et de Filae pour obtenir de ces sociétés, des subventions et l'a fait miroiter au Conseil d'administration. Ces sociétés ayant refusé, elle s'est alors retournée vers My Heritage. Dont acte.