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Réinterroger les pandémies pour la généalogie

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Longue liste des décès mentionnés dans le registre paroissial de Bar-sur-Loup (Alpes Maritimes) en 1626, village frappé par l'épidémie de peste que subit le sud de la France. Histoire à retrouver sur le blog généalogique de la famille Bonneton : http://bonneton.eklablog.com/rubrique-a-brac-c19223369

Les chiffres de l’INSEE sont formels : la pandémie de Covid-19 a entrainé une nette baisse de l’espérance de vie et une chute du nombre de mariages en 2020. L’an dernier en effet, 669 000 personnes sont décédées en France, particulièrement au printemps et en fin d’année, soit 9,1 % de plus qu’en 2019. L’espérance de vie à la naissance s’établit dorénavant à 85,1 ans pour les femmes et à 79,1 ans pour les hommes (soit – 0,5 an pour les femmes et – 0,6 an pour les hommes par rapport à 2019). En ce qui concerne les mariages, seulement 155 000 ont été célébrés en 2020, soit un recul de 31 % par rapport à 2019. Et « l’effet confinement » ne s’est pas fait sentir sur une augmentation de la natalité en décembre, 9 mois après mars 2020.

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Les nombres de naissances et de décès annuels n’ont jamais été aussi proches depuis plus de 70 ans avec 726 naissances et 668 décès pour 1 000 habitants.
Crédits
INSEE

Au-delà de leur intérêt factuel, ces chiffres nous permettent de mieux réfléchir sur les phénomènes que nous observons dans les registres paroissiaux et d’état civil lors de nos recherches généalogiques. Les vagues de décès que nous constatons certaines années sont souvent explicables en analysant le contexte pandémique. Ainsi, interrogez-vous sur la cause de la mort d’un ancêtre en 1918-1919 (en dehors des faits de guerre) puisque 20 à 30 millions de personnes moururent ces deux années en Europe à cause de la grippe espagnole. Presqu’un siècle plus tôt, en mars 1832, le choléra était arrivé en France via Calais et allait décimer 100 000 Français dont 20 000 à Paris. Quelques siècles plus tôt, c’était la peste noire qui touchait notre pays, réduisant sa population de moitié au milieu du XIVe siècle... Combien de nos ancêtres ou collatéraux en sont décédés ?

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La crise sanitaire que nous venons de vivre a eu un effet beaucoup plus grand sur la réduction du nombre de mariages en France que l’arrivée du PACS, comme le montre cette courbe d’évolution des unions entre 2000 et 2020.
Crédits
INSEE

De même, la volonté d’échapper à la conscription pour les hommes générait parfois des vagues de mariages comme celles suscitées par les grandes levées d’hommes de 1793, 1809 et 1813, plusieurs études le démontrent. Sans oublier la saisonnalité des unions que nous avons déjà évoquée dans un article précédent, conditionnant elle-même... les vagues de naissances ! Et l’ensemble peut de combiner à l’envi, les épidémies générant beaucoup de veufs et de veuves, les mariages étaient nombreux à la fin des contagions et pouvaient avoir lieu dans un cadre d’interdits religieux « assoupli » pour permettre de relancer la natalité. Ce fut par exemple le cas en Arles en décembre 1721, après la peste, où les mariages furent autorisés pendant le temps de l’Avent.

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