Archives : les mystères de l'Ain...

Catégorie : Archives, Ain  |  le 20 Juin 2016 par Guillaume de Morant

Mystère dans l'Ain, ce lundi 16 avril 2016... Qui a bien pu déposer ce colis emballé dans du papier kraft, à la porte des Archives départementales ? Intrigués, les agents ont d'abord lu la mention "Archives départementales", accompagnée d’un mot : "documents achetés 15 € aux Puces à Lyon. Retour à leurs lieux d’origine". Puis ils ont découvert un protège-documents à pochettes transparentes, dans lequel se trouvait un ensemble de documents manuscrits.

Surprise, le colis mystère contenait des pages d’archives communales, provenant essentiellement des registres paroissiaux de Dompierre-sur-Veyle, Lent (paroisses de Lent et de Longchamp) et Saint-Etienne-du-Bois. Le tout remonte au 16e siècle, ainsi que quelques minutes de notaires et actes de procédure judiciaire. Toutes ces pages ont été arrachées aux registres originaux, conservés par les archives départementales. Par qui, quand, et pourquoi ? Le mystère est tout aussi grand que leur restitution !

Arracher des pages des registres originaux a été hélas dans le passé un sport pratiqué par quelques généalogistes peu scrupuleux, soucieux de conserver les écrits concernant leurs aïeux et peu conscients des destructions qu'ils infligeaient à la mémoire collective. Ces dégradations sont moins fréquentes aujourd'hui, en raison d'une surveillance renforcée. Mais des cas de vol sont quand même régulièrement constatés.

C'est l'occasion pour le service des Archives de l'Ain de rappeler que les archives publiques sont un patrimoine précieux pour l'histoire, et qu'elles sont imprescriptibles et inaliénables : nul ne peut s'en emparer et les détenir, quelle que soit leur ancienneté.

Attention toutefois à bien distinguer des archives publiques des archives privées. Ainsi, des archives d'origine notariale peuvent être publiques, par exemple la minute constitue l'acte original ou bien privées, par exemple la grosse ou titre exécutoire n'est qu'une copie remise aux parties lors de la signature d'un acte. Pas facile de faire la distinction lorsqu'il s'agit d'un acte ancien...

Que vont devenir les pages restituées anonymement ? Elles seront prochainement restaurées, numérisées et diffusées sur Internet. L'acte citoyen de ce collectionneur anonyme va donc permettre de les restituer à tous.

Illustration : exemple de page arrachée pour l'année 1593 à Saint-Etienne-du-Bois (Archives de l'Ain).

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2 commentaires

Florence Beaume le 5 Juillet 2016 à 20h21

Précisons que ces registres mutilés sont les exemplaires des communes : c'est donc dans les mairies que des lecteurs vandales ont profité de l'excès de confiance des agents communaux.
Le vandale inconnu a agi avant 1999, date de début de la campagne de microfilmage des registres : les pages ou fragments manquent déjà sur la copie.
Une négociation va maintenant s'engager avec les maires concernés, pour que les pages concernées puissent réintégrer les registres, via une restauration complète. Et les images seront numérisées, pour compléter celles qui sont déjà disponibles sur le site archives.ain.fr
F. Beaume, directrice des Archives de l'Ain

corentin le 20 Juin 2016 à 17h03

>> Arracher des pages des registres originaux a été hélas dans le passé un sport pratiqué par quelques généalogistes peu scrupuleux

Ces pratiques ne sont pas l'apanage des généalogistes.

Ainsi, à la BNF, les disparitions de manuscrits hébreux, dont on a enlevé le cachet et toutes les marques distinctives : un conservateur de la BNF.

Ainsi, à la BNF, la disparition d'estampes de prix : un employé de la BNF.

Quant à la surveillance renforcée, quand on veut, on peut !

La meilleure sécurité c'est soit :
- la consultation d'images numérisées
- la surveillance rapprochée, comme je l'ai vécu dans une bibliothèque municipale où une employée est toujours restée à moins de deux mètres de moi, le temps (3 heures) de la consultation d'un manuscrit.

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