Les pétillantes nièces de Dom Pérignon

Catégorie : Célébrités, Meuse  |  le 23 Septembre 2015 par Jean-Louis Beaucarnot

Dom Pérignon

Pour être décédé voilà 300 ans, le 24 septembre 1715 – soit trois semaines après Louis XIV – Dom Pérignon est aujourd’hui à l’honneur, avec un nom connu dans le monde entier, mais un personnage qui l’est nettement moins, à commencer par sa généalogie.

Il est vrai que dès que la légende s’en mêle, tout devient flou…

À commencer par la vie du célèbre bénédictin et par son "invention du champagne", plus ou moins à revoir ou du moins à nuancer.

Nommé à trente ans "procureur", autrement dit intendant de l’abbaye Saint-Pierre d’Hautvillers (Marne), il l’avait trouvée en pleine régression. Si elle avait été le centre d’un pèlerinage très actif et rentable, autour d’une relique du corps de Sainte-Hélène, plus ou moins volée à Rome en 841 par un prêtre de Reims, qui l’avait ramenée dans son pays, elle avait perdu beaucoup de son lustre ne comptait en effet plus alors, au XVIIe siècle, qu’une petite poignée de moines. Volontaire, il s’était employé à la redresser, en s’appuyant sur la dîme, obligeant les vignerons à livrer au monastère une part de leur récolte. Récupérant ainsi des raisins provenant de terroirs divers, il en avait lui-même fait le mélange, afin d'harmoniser les qualités du vin. Telle avait été sa première et incontestable innovation, qui lui avait permis d’obtenir des vins de très haute qualité.

Pour ce qui est de sa découverte de la méthode champenoise, il avait en fait plutôt lutté contre la mousse et ses effets gênants, faisant parfois nommer le vin de Champagne "le vin du Diable", en tentant d’abord de couler de la cire d’abeille dans le goulot des bouteilles, pour les rendre plus hermétiques. Mais l’effet obtenu avait été l’inverse : le procédé ayant pour effet de retenir le gaz carbonique, la plupart des bouteilles avait explosé au bout de quelques semaines. La légende veut qu’un pèlerinage dans une abbaye languedocienne – espionnage industriel ? – lui ait permis d’adapter au vin de Champagne la méthode de vinification des vins de Limoux, d’où le grand cri de victoire, qu’il aurait poussé à sa première cuvée : "je bois des étoiles" !

Mais laissons là la légende pour passer à la généalogie.

Dom Pérignon – "dom", venu du latin dominus, signifiant "seigneur" et couramment utilisé en Espagne et au Portugal devant les prénoms des gens importants, était un préfixe donné en France à certains religieux, dont les Bénédictins et les Chartreux, se nommait en effet Pierre Pérignon : un patronyme courant, porté aujourd’hui par quelque 500 foyers, majoritairement originaires de la Meuse, et qui n’est à l’origine qu’un diminutif du prénom Pierre, comme le patronyme Col(l)ignon était celui de Colin et de Nicolas.

Baptisé le 5 janvier 1639 – 1638, pour certains – il était natif de Sainte-Menehould et issu d’une famille aisée de neuf enfants, appartenant à la bourgeoisie de la ville : père greffier de la prévôté, grand-père notaire royal. Ancêtres bourgeois, avocats… Son père, nommé lui aussi Pierre Pérignon, greffier à la prévôté de la ville, avait d’abord épousé (en 1633) Marguerite Leroy, décédée peu de temps après la naissance du futur moine, avant de se remarier avec Marie Catherine Beuvillon, veuve d’un marchand.
Son grand-père paternel, François, était notaire royal, greffier héréditaire et clerc en l'élection de Sainte-Menehould. Son grand-père maternel, Nicolas Le Roy, bourgeois, était le gendre d’un avocat (Nicolas Pestre). Une famille comptant parmi ses descendants des Picart, Martinet, Lamiraux, Desprez, Bernier, Baillet, Ledoux, de Moncetz. Avec – cerises sur le gâteau – une nièce mariée à un Boileau et une autre parente, Marie-Anne Ledoux, fille d’une Pérignon, mariée avec Nicolas Detournebulle !…

Ajoutons que Dom Pérignon avait transmis ses connaissances à un de ses frères religieux de Reims, Dom Ruinart, dont le neveu, Nicolas, né en 1697 à Reims, fondera une des premières grandes maisons de Champagne et ancêtres et qui comptera lui-même parmi ses descendants directs une certaine Barbe Nicole Ponsardin (1777-1866), qui épousera François Clicquot et qui n’est autre que la fameuse "Veuve Clicquot"…

3 commentaires

Alexandre Loire le 23 Septembre 2015 à 15h32

La lecture des vestiges parcellaires des archives commerciales de l'abbaye d'Hautvillers au moment où Dom Pérignon en est le procureur montrent qu'il ne vend quasiment que des tonneaux de vin, ce qui laisse à penser qu'il ne produit pas de vin mousseux. Et s'il vend des bouteilles (en petites quantités), il ne s'agit que de vin tranquille. Là encore, la légende est plus forte que la réalité.
Autre légende, celle de la transmission de ses "secrets" à Dom Ruinart, qui n'est venu à Hautvillers que pour examiner la riche bibliothèque de l'abbaye... Il y est mort peu de temps après et c'est la raison pour laquelle il est enterré dans l'ancienne église abbatiale (aujourd'hui paroissiale) à une place d'honneur car il était un historien travaillant avec Dom Mabillon à St Germain des Près à Paris....

Charles Hervis (RFG) le 23 Septembre 2015 à 14h03

Effectivement, nous commémorons le 300e anniversaire de son décès (et non le 400e). L'erreur est corrigée. Merci.

Plan du site La Revue française de Généalogie