Le Grand Paris... de 1860

Catégorie : Histoire, Paris  |  le 29 Juillet 2010 par Jean-Louis Beaucarnot

Le Grand Paris... de 1860

Au fil des siècles, Paris avait débordé des îles sur la Seine où était née l'antique Lutèce pour absorber les villages et les hameaux voisins, comme les faubourgs Saint-Antoine, Saint-Marcel, Saint-Germain… ou encore Chaillot et les Gobelins (qui doivent leur nom au teinturier champenois, Jean Gobelin, qui y avait établi au XVe siècle ses ateliers sur le cours de la Bièvre).

Mais voilà 150 ans cette année qu'eut lieu la plus grosse absorption, qui fera passer la ville de 3.288 à 7.088 hectares, de 1,2 à 1,7 millions habitants et de douze à vingt arrondissements. Napoléon III avait rêvé d'un « grand Paris », en souhaitant l'absorption intégrale du département de la Seine avec en plus trois communes de Seine-et-Oise : Sèvres, Meudon et Saint-Cloud. Mais le projet avait été jugé trop ambitieux et le préfet Haussmann s'était contenté, en 1860, d'annexer les onze communes se trouvant entre les limites d'alors et l'enceinte militaire édifiée par Thiers à partir de 1841 – les fameuses "fortifs", aux 94 bastions, destinées à éviter une invasion comme celle de 1814.

La ville s'est ainsi augmentée de :
• la commune de Bercy et des parties de celle de Gentilly, qui ont constitué l'actuel XIIIe arrondissement ;
• une partie de la commune de Montrouge, dénommée le "Petit-Montrouge", qui a donné le XIVe ;
• les communes de Vaugirard et de Grenelle (cette dernière, autrefois Garnella, autrement dit "petite garenne", territoire de chasse, incluant les villages de Javel et de Beaugrenelle, à l'origine "Bosc Grenelle", c'est çà dire "bois de Grenelle"), avec lesquelles a été formé le XVe ;
• les villages d'Auteuil et de Passy, pour donner le XVIe, sachant qu'Auteuil avait déjà été amputée de ses hameaux de Billancourt et des Ménuls, ce dernier étant l'ancienne appellation de Boulogne ;
• le hameau des Ternes (retiré à Neuilly et à l'origine domaine "externa", c'est à dire "hors les murs" de l'évêché de Paris) et la commune des Batignolles, ont donné le XVIIe ;
• les communes de Montmartre et de La Chapelle (autrefois nommée La Chapelle-Sainte-Geneviève puis La Chapelle-Saint-Denis) pour le XVIIIe ;
• la commune de La Villette et une partie de celle de Belleville, que l'on tenait à scinder en deux du fait de sa population ouvrière avait la réputation de se soulever facilement, ont constitué le XIXe ;
• l'autre partie de Belleville (son hameau de Ménilmontant) et la commune de Charonne, constituant le XXe.

Au début du XIXe siècle, tous ces villages, qu'ils aient été des communes ou de simples hameaux, étaient le plus souvent pratiquement encore au milieu des champs et des vignes, avec parmi leurs habitants encore des agriculteurs, de nombreux vignerons et des maraîchers, sans oublier la présence de nombreux moulins.

C'était au Val Girard (futur Vaugirard), que les Parisiens venaient respirer l'air pur. C'était à Auteuil qu'au temps de Louis XV et à son imitation, les grands avaient possédé des villégiatures et allaient boire des eaux thermales, réputées soigner la langueur. C'était aussi sur ces communes que des manufactures avaient été établies, pour profiter de terrains à meilleur marché et éviter les lourds droits d'octroi frappant alors l'entrée des produits dans la capitale : l'industrie chimique avait prospéré à Javel, l'industrie mécanique aux Batignolles, comme encore ailleurs les abattoirs. C'était du côté des Ménilmontant que l'on aimait aller boire du vin dans des guinguettes, où il était moins cher, toujours pour être moins taxé, raison qui avait également vu l'installation des chais à Bercy (devant son nom à une ancienne berbicil, autrement dit à une bergerie). Car Paris avait été « à la campagne »…

(c) Photo de Rémi Jouan

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