Trouvé dans une poubelle, un chartrier de 1388 remis aux archives du Morbihan

Catégorie : Archives, France  |  le 03 Juillet 2013 par Guillaume de Morant

La scène se passe début juin, dans le Morbihan, à Nostang, à une vingtaine de kilomètres de Lorient. Une dame de nationalité anglaise se rend au container du village, elle vient déposer quelques déchets. Mais à même le trottoir, des sacs en plastique fermés attirent son attention. En les ouvrant, elle a la surprise de découvrir des documents anciens, dont certains sont écrits en vieux français. Ne sachant pas si ce sont des originaux, elle ramasse le tout et se rend chez son notaire à Kervignac pour lui demander son avis.

"Cette dame montre d'abord un jugement de 1800 et quelques actes notariés du XVIIIe siècle. Elle demande si cela m'intéresse et si je veux voir d'autres papiers", raconte Me Laurent Moortgat. "Entre deux rendez-vous, je glisse un oeil dessus et je lui dis bien sûr, montrez moi d'autres papiers !". Mais la dame est pressée, doit partir. Elle dit qu'elle donne le tout au notaire et laisse dans la salle de signatures tous les sacs trouvés à Nostang. "Je suis resté tard à l'étude pour essayer de lire ces papiers. Je pensais à de simples actes notariés du XIXe siècle. Mais en voyant un acte de 1522 encore porteur de ses deux sceaux, j'ai pris conscience de leur intérêt".

Le soir même, le notaire de Kervignac s'en va chez le maire de Languidic, qu'il connaît bien, avec deux documents en main. Le réflexe de l'élu est immédiat : il faut demander leur avis aux archives départementales. Quelques jours plus tard, deux archivistes débarquent à la mairie de Languidic, font un tri sommaire et découvrent une cinquantaine de pièces dont certaines traversent les siècles et les siècles : 1388 pour l'acte le plus ancien.

Il s'agit en fait d'un chartrier ou tout au moins, d'un fragment de chartrier, concernant la seigneurie de La Forest à Languidic et les seigneuries de Kerbrevest, Kernivinen et Saint-Nouan à Bubry. Aveux, registres de comptes, rentiers, pièces de procédures, ces documents sont incontestablement utiles à la connaissance historique de cette partie du Morbihan. Leur dernier "propriétaire" en date, le notaire décide d'en faire don aux archives. Les archivistes repartent pour Lorient où les précieux écrits trouveront de meilleures conditions de conservation qu'un sac en plastique devant un container à ordures...

"Il est difficile à l'heure actuelle de dire quel est le réel intérêt de ces documents, nous procéderons à leur inventaire en 2014, quand nous aurons inscrit ces pièces à notre programme. En attendant ce travail d'archiviste, elles ne pourront pas être consultées", précise t-on aux Archives du Morbihan. Par leur nature, ces papiers sont des archives privées, liés à l'histoire des familles titulaires des seigneuries et n'ont donc pas en principe vocation à se retrouver dans les archives publiques. Seulement, de greniers en successions, il arrive que les malles oubliées finissent au débarras.

"Retrouver des documents aussi anciens dans une poubelle ? Hélas, ce n'est pas si rare, car les gens n'ont pas forcément conscience de la valeur historique de ce qu'ils considèrent comme des vieux papiers sans intérêt", explique une archiviste du Morbihan. Parfois, les archivistes sont même soumis à de petits chantages, laissant entendre que ces papiers iront soit aux archives, soit à la déchetterie... Par leur capacité à disparaître, puis à réapparaître, les archives nous étonneront toujours.

Liens

4 commentaires

Tamanrasset le 5 Juillet 2013 à 09h05

Attention, seule la minute notariale est un document public et inaliénable, rangée au rang des minutes à sa place. Or, il existe beaucoup de copies d'actes notariés (dites grosses, expéditions...) Ces copies sont privées, si vous en possédez, ne vous affolez pas.

TROILO le 4 Juillet 2013 à 16h17

pour info, des actes notariés sont des documents publics donc inaliénables. Ils ne peuvent donc être vendu sur ebay. Les jugements émanent d'une juridiction d'Ancien régime et appartiennent aussi à l'Etat.
Mon interrogation porte surtout sur la personne qui a pris la décision de jeter ces documents.
On peut imaginer un petit problème de jugement soit au niveau de la mairie, soit au niveau d'un particulier ayant en sa possession des archives publiques...

Plan du site La Revue française de Généalogie