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La double hécatombe de la classe 1914

En France, la guerre de 1914-1918 a marqué les mémoires par l’ampleur des pertes : 18% au moins des 7,9 millions d’incorporés de l’armée furent tués, soit 1,5 million de morts. Dans le numéro d’avril de la revue Population & Sociétés de l’Institut national d’études démographiques (Ined), François Héran revient tout particulièrement sur le sort des natifs de 1894 qui eurent 20 ans au déclenchement des hostilités et subirent le taux de perte le plus élevé de toutes les classes mobilisées.

"Moins aguerrie que les classes 1911-1912-1913, déjà sous les drapeaux au titre du service militaire de trois ans, la classe 1914 subit le choc des premiers mois de guerre et fut mobilisée pendant tout le conflit", rappelle le chercheur. Sur les 320.000 hommes de cette cohorte, l’armée en avait déclaré aptes 294.000, dont 224.000 furent incorporés : 31% périrent, soit 22% de la classe d’âge. A titre de comparaison, la classe 1917, mobilisée à partir de janvier 1916, fut moins longtemps exposée et eut trois fois moins de pertes.

Cette hécatombe, François Héran la met en parallèle à une autre, "aujourd’hui oubliée" écrit-il mais que les généalogistes mesurent bien quand ils reconstituent les familles de l’époque : la mortalité infantile.

"De nos jours, 1% seulement de la population française meurt avant l’âge de 20 ans. Il y a un siècle, pour la génération âgée de 20 ans en 1914, ce taux était de 26% pour les filles et de 28% pour les garçons, tant les maladies infectieuses faisaient de ravages dans les premières années de vie".

La "classe 1914" avait donc déjà perdu plus d’un quart de ses membres avant la guerre : statistiquement, elle aurait dû en perdre 2% de plus entre 20 et 25 ans mais le conflit porta ce chiffre à 24%, si bien qu’à fin 1918, calcule l’auteur, "les deux faucheuses réunies avaient éliminé 52% des hommes nés en 1894."

"Si la première hécatombe semblait dans l’ordre des choses, la seconde, qui frappa les hommes actifs ou formés, traumatisa le pays", poursuit François Héran qui relève aussi que, du fait du déficit des naissances de 1914-1918, la France était en 1939 le pays le plus âgé du monde – un rang occupé aujourd’hui par le Japon.

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