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Fichés ?

Sujet revenant régulièrement sur le devant de la scène, le "fichage" des individus au sein de notre société fait l’objet d’une magnifique exposition présentée actuellement aux Archives nationales à Paris.

Sous-titrée "Photographie et identification du Second Empire aux années soixante", elle balaie une centaine d’années de l’histoire des procédés d’identification des individus en France, souvent au moyen de fiches personnelles nominatives réunies en fichiers globaux.

Répartie entre le rez-de-chaussée et le premier étage de l’Hôtel de Soubise, l’exposition montre comment les fichiers, constitués au fil du temps dans des circonstances et à des fins très diverses, ont permis l’identification et donc le repérage des individus. Elle révèle comment la photographie a contribué au développement de ces documents et les a rendus très performants. Dès le milieu de 19e siècle, la préfecture de police de Paris a eu recours aux photographies – encore balbutiantes – pour faciliter le repérage des criminels, en particulier pour lutter contre la récidive. Le processus s’est ensuite considérablement développé sous la Commune. A la fin du 19e siècle, le "système Bertillon" du nom d’un employé de la police judiciaire, Alphonse Bertillon, a utilisé l’anthropométrie, à l’origine d’une véritable "identité judiciaire" des individus, matérialisée par des photographies mais aussi une série de mesures corporelles.

Dépassant le strict cadre judiciaire, des fiches personnelles ont peu à peu été établies pour contrôler l’ensemble des activités des individus, aboutissant même à une généralisation dans les années 1960.

Souvent considérés par leur nature même comme des documents internes aux services qui les ont constitués, les fichiers sont – lorsqu’ils ont été conservés, ce qui n’est pas toujours le cas – une source d’informations extraordinaire pour les historiens, mais aussi bien sûr pour les généalogistes.

Nombre d’exemples présentés en témoignent, allant des fiches et documents d’identification établis dès la seconde moitié du 19e siècle par les services de police, tel l’insolite registre des images obscènes saisies par la police des mœurs dans les années 1860, aux fiches contemporaines d’inscription dans des établissements scolaires, en passant par les documents liés à l’établissement des cartes d’identité ou des passeports et au célèbre fichier de la Sûreté nationale (que nous vous avions exposé dans La Revue française de Généalogie n° 192).

Souvent émouvants, les regards croisés sur les photographies exposées, très administratives, interpellent le visiteur. Tel regard apeuré d’une femme ainsi photographiée révèlera le caractère probablement inhabituel pour elle de la situation dans laquelle elle se trouvait alors, tandis que d’autres semblent davantage braver l’objectif…

Au-delà des premiers usages à des fins policières, l’exposition retrace non seulement l’utilisation qui a été faite des fichiers et autres documents nominatifs porteurs d’une photographie d’identité, mais aussi le détournement qui en a été fait parfois, surtout durant la Seconde Guerre mondiale.

En ce sens notamment et au-delà de son intérêt généalogique manifeste, cette exposition s’adresse à tous, citoyens français ou étrangers appelés à séjourner pour une durée plus ou moins longue sur le territoire national.

Pou y aller : Exposition "Fichés ? Photographie et identification du Second Empire aux années soixante", du 28 septembre au 27 décembre 2011.Archives nationales de France, Hôtel de Soubise, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris.Tous les jours sauf mardi et jours fériés, de 10h à 12h30 et de 14h à 17h30, samedi et dimanche de 14h à 17h30.

A lire : Catalogue Fichés ? Photographie et identification 1850-1960, collectif sous la direction de Jean-Marc Berlière et Pierre Fournié, Editions Perrin, septembre 2011.

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