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Le courage des miens

À travers l’histoire de quatre générations d’hommes de sa famille, Éric Badonnel confronte dans son nouveau livre la généalogie à l’histoire de France, l’identité individuelle à l’identité nationale. Que ce soit à travers les guerres qui ont traumatisé l’Europe ou les progrès sociétaux réalisés depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, il analyse les liens très serrés qui unissent l’individu et la société.

Ascension sociale, plafond de verre, espoir de vie meilleure, peur de rompre avec ses origines, enrichissement personnel et collectif… autant de problématiques qui concernent toutes nos familles et constituent le cœur du récit.

Trois questions à Éric Badonnel

Que vouliez-vous raconter en écrivant ce livre et qu’avez-vous appris ?

Dans Le courage des miens, je raconte l’histoire de ma famille. Les Badonnel sont partis du massif des Vosges pour conquérir la Tunisie au début de la Troisième République. Ils ont combattu dans l’artillerie pendant la Première Guerre mondiale. Ils ont souffert de l’Occupation, surtout lors du repli de l’armée allemande en novembre 1944. Enfin, ils se sont retrouvés en Kabylie alors que le peuple algérien luttait pour son indépendance. Enracinée dans son terroir, chaque génération d’hommes a fait l’expérience radicale d’un déracinement forcé, pour cause de guerre, avant de pouvoir revenir au pays, mais transformée, avec une plus grande ouverture sur le monde. L’écriture m’a conforté dans cette conviction qui pourrait sembler surprenante à certains, mais qui est bien connue des généalogistes. La vie des gens ordinaires, « micro-histoire » ou « vie minuscule », mérite d’être reconstituée et racontée avec soin, parce qu’elle est souvent extraordinaire. Elle nous enseigne bien des choses sur notre identité familiale et introduit une complexité salvatrice dans nos représentations du fait national.

Comment avez-vous travaillé, quelles ont été vos sources ?

Pour composer ce récit, je me suis appuyé sur une riche documentation familiale, rassemblée par mon grand-père paternel : un carnet de guerre manuscrit, des papiers administratifs et militaires, beaucoup de photographies sépia et des correspondances sur papier jauni. Le patrimoine de ceux qui n’ont pas de capital ! J’ai complété ces sources par de nombreuses lectures et bien sûr par la visite des lieux cités. Je ne suis pas généalogiste, mais j’ai trouvé sur Internet des pans entiers de mon arbre qui ont été fort utiles à mes travaux. En se fondant sur mes sources, un historien ou un généalogiste aurait écrit un tout autre livre.

Qu’avez-vous tiré de l’expérience d’écriture, ce livre a-t-il ouvert la porte à d’autres ?

Mon livre témoigne de la résilience de la société française et du courage des classes populaires. À titre personnel, mon espoir est de transmettre, de partager des émotions et des réflexions, et d’inviter tout un chacun à développer ses talents, en n’hésitant pas par exemple à prendre à son tour la plume. Racontez-vous ! Je vais continuer à écrire sur la mémoire, l’identité, ce qui rassemble, fait société et élève collectivement. Mais autrement, peut-être en quittant un temps le genre du récit. Un essai, qui sait ?

Références

Le Courage des miens, Éric Badonnel, Le Bord de l’eau, mai 2021, 168 pages, 14 €, ISBN : 978-2-35687-782-6

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Commentaires

2 commentaires
  • Portrait de Intéressant

    Un livre qui traite de l'identité nationale et ose aborder, en particulier, les fautes de la colonisation en Tunisie et de la décolonisation en Algérie ? Dans le contexte politique actuel, c'est courageux. Cela a l'air intéressant.
  • Portrait de Aie aie aie

    Le courage des miens, une histoire qui commence par des colonialistes, ça en jette !