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L’aveuglement : lettres du révolutionnaire vendéen Jean Victor Goupilleau (1791-1795)

Ces 300 lettres – qui ont souvent été bien difficiles à déchiffrer – adressées durant ces quatre années par un notable du bocage vendéen à son frère, député montagnard, évoquent en parallèle les affaires et la vie de sa famille et l’actualité politique. 

Souvent touchantes au premier plan, elles vont offrir au second une lecture intéressante des guerres de Vendée, participant à en éclairer les causes, en dévoilant « le dessous des cartes », avec des hommes face à un véritable tsunami, qui leur échappe et qui en fait les « aveugle ».

Une très judicieuse publication, complétée par les analyses de l’historien engagé Alain Gérard. Intégrant un capital index des noms de personnes, ce livre pourra également aider historiens et généalogistes travaillant sur la région.

Trois questions à Martine Ehlermann-Gandrillon

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Martine Ehlermann-Gandrillon.

Qui êtes-vous ? 

Je suis une jeune vieille dame de 80 ans. Je partage aujourd’hui ma vie entre la Vendée, où mon mari a ses racines, et Paris, où je suis née et où j’ai intégré voilà plusieurs années l’équipe des bénévoles de La France Généalogique, travaillant au Minutier central des notaires, à la reconstitution de l’état civil et des familles parisiennes.

J’ai découvert la généalogie, comme c’est souvent le cas, au décès de mes parents, mais c’est surtout à partir des années 2000, que je me suis lancée dans de vraies recherches : avec mes racines dispersées entre le Morvan, le Val-de-Marne, le Tarn-et-Garonne et l’Allemagne, et celles de mon mari, entre l’Alsace, où me je suis familiarisée à la lecture des écritures difficiles, et… la Vendée, puisque ses ancêtres patronymiques, les Gandrillon, ont leurs origines à Montournais, Chantonnay et aux environs.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à une correspondance sous la Révolution ? 

Mes recherches en Vendée m’ont très vite obligée à prendre conscience du poids de la Révolution, qui a radicalement transformé la vie des villages et des familles. J’ai compris qu’il était encore plus indispensable qu’ailleurs de replacer les ancêtres dans le contexte historique et de connaître l’histoire locale et régionale. Ensuite, le hasard a voulu que travaillant un jour sur des archives de Provence, j’y trouve des traces d’un Vendéen, nommé Philippe Charles Aimé Goupilleau, député montagnard sous la Révolution, qui y avait été envoyé en mission et qui avait exprimé des analyses intéressantes sur les évènements de son temps.

Travaillant régulièrement aux Archives départementales de la Loire-Atlantique, je n’ai pas tardé d’apprendre l’existence d’une correspondance, que lui avait adressée son frère, resté quant à lui au pays. Cette masse documentaire assez énorme – 300 lettres –, aujourd’hui conservée à la Médiathèque Jacques Demy, de Nantes, avait fait l’objet de quelques très rares et très ponctuelles transcriptions, dont la lecture m’a tout de suite fait mesurer un de leurs intérêts, en ce que s’y exprimait un révolutionnaire, vivant dans une petite ville dont les habitants ne l’étaient pas. Forte de l’expérience paléographique déjà évoquée, et femme de défis et de challenges, j’ai eu tout naturellement l’idée de les retranscrire intégralement.

Comment avez-vous travaillé ?

J’ai demandé et obtenu la photocopie de l’intégralité de la série – en faisant même scanner quelques-unes. Et des mois durant, sur pas moins de cinq à six ans, avec des interruptions, mais aussi à la faveur des confinements, j’ai travaillé, chez moi, à cette tâche, les photocopies me suivant au fil de mes voyages.

Le plus difficile, souvent, a été d’identifier clairement les patronymes et les personnages évoqué – on en dénombre plus de mille. Au reste, soutenue par ma famille, qui a assisté à cette lente gestation, j’ai été encouragée par plusieurs historiens et bien sûr par le Centre vendéen de recherches historiques, qui a finalement décidé de publier mon travail, pour lequel Alain Gérard a accepté de rédiger une présentation. Je dirais que ce fut évidemment pour moi une expérience passionnante. Tout en ajoutant que je ne le considère pas comme un travail fini, mais en fait comme un outil de travail, permettant à des chercheurs et à des historiens de travailler plus avant sur la guerre civile de Vendée, qui continue et va sans doute longtemps encore continuer à proposer aux uns comme aux autres et plus de deux siècles après, un très vaste champ d’investigations.

Références

L’aveuglement : lettres du révolutionnaire vendéen Jean Victor Goupilleau (1791-1795), Martine Ehlermann-Gandrillon, Centre vendéen de recherches historiques, février 2023, 512 pages, 28 €,
ISBN : 978-2-491575-16-8

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